Pellevoisin

Estelle Faguette naquit le 12 septembre 1843 à Saint-Memmie, dans la Marne, au sein d’une famille très pauvre. Très jeune, elle se montra attentive aux pauvres et aux malades. En 1860, elle entra comme postulante chez les Augustines hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Paris, mais une grave chute dans un escalier en 1863 l’obligea à quitter la vie religieuse. Deux ans plus tard, elle entra au service de la comtesse Marie-Luce de La Rochefoucauld-Montbel et suivit sa famille entre Paris et le château de Montbel, près de Pellevoisin. Elle fit venir auprès d’elle ses parents ruinés et les aida du peu qu’elle gagnait.

En 1875, à l’âge de trente-deux ans, Estelle fut atteinte d’une péritonite devenue tuberculeuse, touchant l’estomac et les poumons. Le 29 août, le professeur Bucquoy, de la faculté de médecine de Paris, déclara son état désespéré. Estelle écrivit alors une lettre à la Vierge pour demander sa guérison et la fit déposer dans une petite grotte de Lourdes construite dans le parc du château de Montbel. Son état empirant, elle fut ramenée chez ses parents à Pellevoisin. Le 14 février 1876, le médecin déclara qu’elle n’avait plus que quelques heures à vivre. Elle se disait elle-même « comme morte », ne voyant plus et ne pouvant plus manger.

Dans la nuit, elle aperçut, au pied de son lit, une figure qu’elle identifia comme le diable. Aussitôt, une dame vêtue de blanc apparut de l’autre côté du lit et dit : « Que fais-tu là ? Ne vois-tu pas qu’elle porte ma livrée et celle de mon Fils ? » La figure disparut. La dame se tourna vers Estelle et dit : « Ne crains rien. Tu sais bien que tu es ma fille. Courage, prends patience. Mon Fils va se laisser toucher. Tu souffriras encore cinq jours en l’honneur des cinq plaies de mon Fils. Samedi, tu seras morte ou guérie. Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire. » Estelle promit d’obéir. Une plaque de marbre apparut alors entre elles. Estelle demanda où elle devrait être placée. La dame répondit que Notre-Dame des Victoires à Paris avait déjà beaucoup de marques de sa puissance, tandis qu’à Pellevoisin il n’y avait rien.

La nuit suivante, la même dame apparut de nouveau et dit : « Cette fois, mon Fils s’est laissé attendrir. Il te laisse la vie. Tu seras guérie samedi. » Estelle répondit qu’elle préférerait mourir, mais la dame lui dit : « Ingrate, si mon Fils te rend la vie, c’est que tu en as besoin. En te rendant la vie, ne crois pas que tu seras exempte de souffrances. Tu souffriras encore. Si mon Fils s’est laissé toucher, c’est par ta résignation et ta patience. Tu publieras ma gloire. » Puis elle disparut.

Le 16 février, Estelle raconta ces faits au curé, l’abbé Salmon, qui douta de ses paroles. La nuit suivante, la dame apparut encore et dit : « Tu as, par ta résignation, racheté ces fautes. Je suis toute miséricordieuse et maîtresse de mon Fils. Tes prières et ta lettre m’ont touchée. J’ai montré cette lettre à mon Fils ; tes parents ont besoin de toi. À l’avenir, tâche d’être fidèle et publie ma gloire. »

Le 18 février, la dame apparut sans parler, puis dit seulement : « Tu publieras ma gloire. Fais tous tes efforts. »

Le 19 février, elle apparut de nouveau. La plaque de marbre montrait désormais un cœur enflammé entouré de roses et transpercé d’un glaive, avec ces mots : « J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère. Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière. » La dame dit : « Si tu veux me servir, sois simple et que tes actions répondent à tes paroles. Où tu es, tu peux faire beaucoup de bien. Ce qui m’afflige le plus, c’est le manque de respect pour mon Fils dans la sainte communion. Publie ma gloire, mais attends l’avis de ton confesseur. On te traitera de visionnaire. Ne fais pas attention. Sois-moi fidèle, je t’aiderai. » Après sa disparition, Estelle souffrit vivement, puis se sentit soudain guérie, à l’exception d’un bras paralysé. Le curé, arrivé à l’aube, la trouva vivante et rétablie ; elle fit devant lui le signe de croix avec son bras guéri. Les médecins constatèrent la disparition des symptômes de sa maladie.

Le 1er juillet 1876, Estelle vit de nouveau la dame, debout devant elle, vêtue de blanc, les bras étendus, laissant tomber de ses mains comme une pluie. Elle dit : « Du calme, patience. Tu auras des peines, mais je suis là. Je reviendrai. »

Le lendemain, la dame apparut encore, entourée d’une guirlande de roses. Elle dit : « Tu as déjà publié ma gloire. Continue. Par moi, mon Fils touchera les cœurs les plus endurcis. Je suis venue particulièrement pour la conversion des pécheurs. » Puis elle disparut, laissant la lumière s’éteindre doucement.

Le 3 juillet, elle apparut brièvement et dit qu’elle était venue « pour terminer la fête ». Estelle apprit ensuite qu’à ce moment-là se déroulait le couronnement de la statue de Notre-Dame de Lourdes.

Le 9 septembre, la dame apparut encore et dit : « Depuis longtemps les trésors de mon Fils sont ouverts. Qu’ils prient. » Elle montra alors un scapulaire portant le Sacré-Cœur et dit : « J’aime cette dévotion. C’est ici que je serai honorée. »

Les 10 et 15 septembre, elle revint brièvement, demandant la prière et parlant des épreuves à venir, pour l’Église et pour la France.

Le 5 novembre, la dame apparut et dit : « Je t’ai choisie. Je choisis les petits et les faibles pour ma gloire. Courage, le temps de tes épreuves va commencer. »

Le 8 décembre 1876, elle apparut une dernière fois, entourée de sa guirlande de roses. Elle dit : « Ma fille, rappelle-toi mes paroles. Tu ne me reverras plus. Je serai invisiblement près de toi. Tu iras trouver le prélat et lui présenteras le scapulaire. Rien ne me sera plus agréable que de voir cette livrée sur chacun de mes enfants. » Puis elle disparut.

Après ces événements, l’archevêque de Bourges autorisa l’aménagement de la chambre d’Estelle en chapelle et la pose d’un ex-voto rappelant sa guérison. Des enquêtes médicales reconnurent le caractère inexpliqué de cette guérison. La dévotion au scapulaire du Sacré-Cœur de Pellevoisin fut approuvée par Rome. Les apparitions, elles, ne furent ni officiellement reconnues ni condamnées par l’Église. En 2024, le Saint-Siège a accordé un nihil obstat à la dévotion mariale de Pellevoisin, ouvrant la voie à une possible reconnaissance ultérieure.

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