Le Sacré Cœur
La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus trouve son origine dans l’Évangile selon saint Jean. Lors de la Cène, « l’un des disciples, celui que Jésus aimait, reposait sur sa poitrine » (Jn 13,23). Puis, au Calvaire, « l’un des soldats lui perça le côté avec sa lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau » (Jn 19,34-37). Dès les premiers siècles, ces deux scènes sont comprises comme la révélation visible de l’amour du Christ pour l’humanité.
Au Moyen Âge, des moines et des mystiques méditent sur le cœur transpercé du Christ, mais il n’existe encore aucun culte public organisé. Il faut attendre le XVIIᵉ siècle pour qu’une véritable dévotion structurée voie le jour.
Jean Eudes, prêtre normand né en 1601, contemple le Cœur de Jésus comme « source de toute vie et de tout amour ». Dès 1634, il unit dans une même prière le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie. Après de longues démarches, plusieurs évêques approuvent son œuvre, et le 20 octobre 1672, il célèbre pour la première fois une fête liturgique du Sacré-Cœur. C’est la première reconnaissance officielle de ce culte dans l’Église.
Un an plus tard, en 1673, à Paray-le-Monial, une religieuse visitandine, Marguerite-Marie Alacoque, affirme recevoir plusieurs apparitions du Christ. Entre 1673 et 1675, elle dit voir le Cœur de Jésus « entouré de flammes, surmonté d’une croix, ceint d’une couronne d’épines ». Le Christ lui demande que ce Cœur soit honoré et que son image soit exposée :
« Il fallait honorer ce Cœur de chair, dont il voulait que l’image soit portée sur soi et sur le cœur, pour y imprimer son amour… et pour y détruire tous les mouvements déréglés. Et partout où cette sainte image serait exposée pour y être honorée, il répandrait ses grâces et bénédictions. »
Ces révélations restent d’abord confidentielles. Mais en 1675, un jésuite, Claude de La Colombière, devient son confesseur. Le 21 juin de cette même année, il se consacre personnellement au Sacré-Cœur et aide Marguerite-Marie à faire connaître ce message. Grâce à lui, la dévotion commence à se diffuser.
En 1689, Marguerite-Marie affirme recevoir du Christ une demande précise destinée au roi de France, Louis XIV. Il est demandé que la France soit consacrée au Sacré-Cœur et que ce Cœur figure sur les étendards royaux. Ces requêtes ne seront pas mises en œuvre à l’époque, mais elles marquent durablement l’histoire spirituelle française.
Autour de ces révélations naissent plusieurs pratiques encore vivantes aujourd’hui : la communion des premiers vendredis du mois, l’Heure sainte, et l’acte de consécration au Sacré-Cœur.
Au fil des siècles suivants, l’Église reconnaît officiellement cette dévotion. En 1765, la fête du Sacré-Cœur est instituée pour certains pays. En 1856, elle est étendue à toute l’Église catholique. En 1899, le pape Léon XIII consacre solennellement le monde entier au Sacré-Cœur.
Ainsi, de la méditation silencieuse du disciple au pied de la Croix jusqu’aux consécrations publiques des nations, la dévotion au Sacré-Cœur s’est développée comme mémoire vivante de ce cœur transpercé « qui a tant aimé les hommes ».
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