La Salette
En 1846, la région de La Salette, dans les Alpes du Dauphiné, connaît une grande misère. Les paysans vivent difficilement, la récolte de céréales est mauvaise, la maladie de la pomme de terre frappe l’Europe, le prix du pain a doublé. Beaucoup d’enfants sont placés comme bergers chez des fermiers pour un simple repas. La population parle surtout le patois francoprovençal et maîtrise mal le français. La pratique religieuse est en fort déclin : travail du dimanche, blasphèmes et indifférence à la messe sont courants, comme le signalent les prêtres du secteur.
Mélanie Calvat, née en 1831, est une adolescente pauvre, placée comme bergère à La Salette pour quelques mois. Elle ne sait ni lire ni écrire. Maximin Giraud, né en 1835, est orphelin de mère et gardien de troupeau pour quelques jours seulement. Ils se connaissent à peine.
Le samedi 19 septembre 1846, vers midi, ils conduisent leurs vaches à une source de montagne pour les faire boire, puis mangent un peu de pain et de fromage. Restés seuls, ils s’endorment dans l’herbe. Vers quinze heures, à leur réveil, ils constatent que leurs bêtes se sont éloignées. En les cherchant, ils aperçoivent dans le creux d’une combe une grande lumière. En s’approchant, ils voient une femme assise, la tête dans les mains, en pleurs. Elle porte un vêtement blanc, un tablier jaune, un fichu blanc, une couronne et une guirlande de roses, et une grande croix sur la poitrine.
La dame se lève, invite les enfants à s’approcher et leur parle d’abord en français. Voyant qu’ils comprennent mal, elle continue en patois local. Elle se plaint du manque de respect envers Dieu, du travail du dimanche et des blasphèmes, annonce des épreuves si le peuple ne se convertit pas, et appelle à la prière quotidienne. Elle confie ensuite à chacun un secret personnel qu’ils ne devront révéler qu’au pape. Avant de partir, elle leur dit par deux fois : « Faites-le bien passer à tout mon peuple. » Puis elle s’élève doucement dans la lumière et disparaît.
Le soir même, les enfants racontent l’événement à leurs maîtres. Le lendemain, ils sont conduits au curé de La Salette, qui recueille leur témoignage en pleurant d’émotion et en parle à ses paroissiens. Dans les jours et semaines suivantes, plusieurs prêtres interrogent séparément Mélanie et Maximin. Leurs récits concordent, malgré leur simplicité et leur langage maladroit. Une première relation écrite est rédigée dès septembre 1846, puis d’autres transcriptions plus précises suivent. Très tôt, l’évêque de Grenoble est informé.
Devant l’afflux de pèlerins et les rumeurs de guérisons, l’évêque Philibert de Bruillard ouvre une enquête canonique officielle en juillet 1847. Une commission interroge les enfants, les témoins et les prêtres de la région, et examine les faits. En décembre 1847, la commission se prononce majoritairement en faveur de la réalité de l’apparition.
Le 19 septembre 1851, après plusieurs années de prudence et d’étude, l’évêque de Grenoble publie un mandement déclarant que l’apparition de la Vierge à deux bergers à La Salette « porte en elle-même tous les caractères de la vérité » et que les fidèles sont fondés à la croire certaine. Son successeur, l’évêque Ginoulhiac, confirme cette décision en 1855. Il déclare alors : « La mission des bergers est finie, celle de l’Église commence. »
Un sanctuaire est construit sur le lieu de l’apparition. Le pèlerinage se développe rapidement. L’église du sanctuaire est consacrée en 1879 et reçoit plus tard le titre de basilique mineure. La liturgie de Notre-Dame de La Salette est officiellement inscrite au calendrier propre de l’Église de France, fixée au 19 septembre.
Pour en savoir plus :
- Consulter ce site : lasalette.cef.fr