Les indulgences
Dans l'Église catholique, l’indulgence (du latin indulgere, « accorder ») est la rémission totale ou partielle devant Dieu de la peine temporelle encourue en raison d'un péché déjà pardonné. Cette rémission-absolution peut s'obtenir par diverses bonnes œuvres (pèlerinages, prières spéciales, visite de reliques, assistance à telle ou telle messe, jeûne, don destiné au chantier d'une cathédrale, etc.).
Le Code de droit canonique consacre aux indulgences le chapitre IV du titre IV portant sur le sacrement de pénitence. Le canon 992 définit l'indulgence en fonction de l'encyclique Indulgentiarum Doctrina de Paul VI. Elle est reprise dans le Catéchisme de l'Église catholique au point 1471. L'ensemble des indulgences est présenté dans l'Enchiridion des indulgences publié par la Pénitencerie apostolique, bien que toutes n'y puissent figurer. Cette pratique est moins courante de nos jours.
La pratique, héritée du droit romain, remonte au IIIe siècle. Au XIIe siècle, elle reçoit une définition juridique dans les décrétales pontificales : une distinction est établie entre l'absolution, réservée à Dieu, et l'indulgence, qui permet la réconciliation avec l'Église. L'indulgence s'obtient en contrepartie d'un acte de piété (pèlerinage, prière, mortification) effectué dans un esprit de repentir, pour ceux qui sont véritablement pénitents et confessés.
Théoriquement, il n'existe pas de proportion entre la faute et cet acte de piété : l'indulgence est réputée être l'effet de la communion des saints. En pratique, elle se calque sur les pénitentiels et tend à se substituer à la pénitence physique, surtout pour les mourants.
Dès cette époque apparaissent les premiers abus, notamment la simonie. Les conciles du Xe et XIe siècle fixent des barèmes pour limiter l'arbitraire des prêtres. L'indulgence devient alors une arme pontificale. L'indulgence plénière apparaît au XIe siècle et est utilisée pour encourager la Reconquista. Au Moyen Âge, il devient de plus en plus facile d'obtenir des indulgences et elles sont parfois monnayées pour financer des édifices religieux ou enrichir certains prélats.
Le concile de Latran IV de 1215 condamne les abus d'indulgences superflues. Boniface VIII déclare légitimes celles accordées à ceux qui se rendent avec respect dans les basiliques, ayant fait pénitence et confession. Au XVe siècle, l'octroi des indulgences accompagnées de dons à l'Église se généralise, ce qui conduit à ce que l'on appelle le commerce des indulgences, dénoncé par Jan Hus et critiqué plus tard par Martin Luther et Calvin.
Avec le développement de l'imprimerie, la production des indulgences atteint des tirages massifs, et certaines indulgences sont devenues célèbres, comme celles pour la construction de la basilique Saint-Pierre. Les abus liés à la vente des indulgences suscitent de vives critiques, notamment lors de la Réforme protestante.
La doctrine des indulgences a été réformée par le concile Vatican II et la constitution apostolique Indulgentiarum Doctrina (1967) de Paul VI. L'Église précise que l'indulgence libère seulement de la peine temporelle du péché et non de la peine éternelle, et qu'elle est accordée au pécheur non pas en vertu de ses pénitences seules, mais par la communion des saints.
Pour obtenir une indulgence plénière, le fidèle doit :
- être en état de grâce,
- avoir le désir de gagner l'indulgence,
- se détacher complètement du péché, même véniel,
- se confesser dans les vingt jours environ avant ou après l’œuvre indulgenciée,
- communier dans les vingt jours environ avant ou après l’œuvre indulgenciée,
- prier selon les intentions du pape,
- accomplir l'action à laquelle est attachée l'indulgence dans le temps prescrit.
Si ces conditions ne sont que partiellement remplies, l'indulgence n'est que partielle. Elle peut être appliquée à soi-même ou aux âmes du Purgatoire, mais non à d'autres personnes vivantes.
Pour en savoir plus :
- Télécharger le fichier les-indulgences.pdf