Le premier retour

Au même moment j’ai entendu la voix de mon mari qui se lamentait et pleurait amèrement en criant : « Gloria !!! Gloria ! S’il te plaît ne m’abandonne pas ! Pense à tes enfants, tes enfants ont besoin de toi ! Gloria, reviens ! Reviens ! Ne sois pas ingrate ! Reviens ! »

J’ai tout entendu, et je l’ai vu pleurer avec une grande peine… Hélas, c’est à cet instant que le Seigneur m’a permis de revenir… Mais je ne voulais pas revenir ! Cette paix, cette paix qui m’envahissait, m’envoûtait et me fascinait. Mais, lentement, lentement, j’ai commencé à redescendre vers mon corps, que j’ai retrouvé sans vie. Je l’ai vu complètement inanimé sur une civière de l’université Nationale de Nursing. J’ai vu les médecins qui tentaient d’effectuer des manœuvres de réanimation sur mon corps à l’aide de décharges électriques. Mon neveu et moi sommes restés plus de deux heures étendus sur le sol, étant donné que nos corps étaient encore chargés électriquement et qu’on ne pouvait pas y toucher. C’est seulement quand la charge électrique se fut complètement dissipée qu’on a pu nous porter secours. Et alors ils ont engagé les manœuvres de réanimation.

J’ai regardé puis j’ai posé les pieds de mon âme (parce que l’âme a aussi une forme humaine), une étincelle a jailli de ma tête et avec violence je suis réentrée dans mon corps, comme si celui-ci m’aspirait à l’intérieur. J’ai senti une immense douleur en entrant : des étincelles ont surgi de partout et je me suis sentie être coincée dans quelque chose de très petit (mon corps). C’était comme si mon corps, avec son poids et sa stature entrait soudainement dans un ensemble pour bébé, mais fait de fer. C’était terriblement souffrant. J’ai senti la douleur intense de ma chair brûlée. Mon corps totalement calciné m’a causé une douleur indescriptible ; ça flambait terriblement en dégageant fumée et vapeur… j’ai entendu les médecins crier : « Elle revient ! Elle revient ! »

Ils en étaient très heureux, mais ma douleur était indescriptible ! Mes jambes étaient affreusement noires ; il y avait des chairs vivantes sur mon corps et sur mes bras ! L’état de mes jambes s’était détérioré et on a considéré la possibilité de les amputer !…

Mais quant à moi je sentais une autre douleur intérieure aussi terrible : ma vanité de femme du monde, et de femme entreprenante, intellectuelle, étudiante… Esclave de mon corps, de ma beauté, de la mode, je consacrais quatre heures chaque jour aux exercices d’aérobic ; esclave de la beauté de mon corps, je fréquentais les salons de massages, je prenais avantage de régimes, diètes, … bref de tout ce que vous pouvez imaginer. C’était ma vie, une routine d’esclavage et tout ça pour avoir un beau corps.

J’avais l’habitude de dire :

« Si j’ai des beaux seins, il faut les montrer ! Pourquoi les cacher ? »

Je disais la même chose de mes jambes, parce que je savais que j’avais des jambes superbes, des muscles abdominaux ravissants…Mais dans un court instant, j’ai vu avec horreur comment ma vie entière n’avait été qu’une préoccupation continuelle et inutile de mon corps… Puisque c’était là le centre de ma vie : l’amour de mon corps.

Et maintenant, je n’avais plus de corps ! Au lieu des seins je n’avais que d’abominables creux, particulièrement le sein gauche, qui avait pratiquement disparu. Il fallait voir mes jambes, pareilles à des fragments dépourvus de chair, noires comme du charbon. Note : (les parties de mon corps dont je prenais davantage soin et que j’estimais le plus, étaient celles qui étaient complètement brûlées et littéralement sans chair)