À l’hôpital

Ils m’ont alors amenée au « Social Seguro», où on a immédiatement procédé à des manœuvres opératoires pour enlever tous les tissus brûlés. Tandis qu’on m’anesthésiait, je suis à nouveau sortie de mon corps, encore inquiète de l’état de mes jambes, quand soudainement, à cet instant même, terrible et horrible…

Mais d’abord je dois vous dire quelque chose, mes frères : J’étais « une catholique diététique (de cafétéria) », et je l’ai été durant toute ma vie, parce que ma relation avec Dieu se résumait en une courte messe de 25 minutes le dimanche, et c’était tout. J’allais à la messe là où l’homélie était la moins longue parce que je trouvais ça fatiguant ! Quel ennui je ressentais avec ces prêtres qui parlaient beaucoup trop ! C’était ça ma relation avec Dieu ! Pour le reste, ce sont les courants mondains qui m’entraînaient. Je manquais de la protection d’une prière sincère et faite avec foi, même durant la messe ! Un jour alors que j’étudiais pour ma spécialisation j’ai entendu un prêtre affirmer que l’enfer et même les démons n’existaient pas ! C’était précisément ce que je désirais entendre ! J’ai alors pensé en moi-même : « Si les démons n’existent pas, il n’y a pas d’enfer, et nous irons tous au Ciel ! Il n’y a donc rien à craindre ?! »

Ce qui me rend la plus malheureuse aujourd’hui, et j’ai très honte de le dire, c’est que tout ce qui me retenait dans mon Église était la peur du diable. Quand on m’a dit que l’enfer n’existait pas, je me suis dit : « D’accord, si nous allons tous au Ciel, peu importe ce que nous sommes ou ce que nous faisons, ça n’a pas d’importance ! »

C’est ce qui m’a finalement amenée à me détourner complètement de mon Seigneur. Je me suis éloignée de l’église et j’ai commencé à en dire du mal, en termes blasphématoires, etc. Je n’avais plus peur de pécher, et j’ai commencé à laisser tomber ma relation avec Dieu. Je disais à tout le monde que le diable n’existait pas, que c’était une invention des prêtres, une manœuvre manipulatrice de la part de l’Église, pour finalement en arriver à dire à mes collègues de l’université que Dieu n’existe pas, que nous étions des produits de l’évolution, etc. etc., réussissant ainsi à influencer beaucoup de personnes.

Retournons maintenant à la salle d’opération : quand je me suis vue dans cet état, quelle horreur épouvantable ! Je réalisais finalement que le diable existe, et de quelle façon, et que les démons venaient précisément pour me chercher ! Ils venaient me présenter la facture, pour ainsi dire, puisque j’avais accepté leurs offres de pécher ! Et ces offres ne sont nullement gratuites ! On doit payer !!! Mes péchés avaient leurs conséquences…

À ce moment-là, alors, j’ai commencé à voir sortir du mur de la salle d’opération, un grand nombre de personnes, d’apparence ordinaire, normale, mais dont le regard était rempli d’une haine diabolique, terrifiante même, qui faisait trembler mon âme : j’ai vite réalisé que j’avais affaire à des démons. J’étais suffisamment lucide pour comprendre que j’avais une dette envers chacun de ces démons, que le péché n’était pas gratuit, et que le plus grand mensonge du démon était de nous faire croire qu’il n’existe pas : C’est là sa meilleure stratégie pour réussir à nous manipuler à sa guise. J’ai réalisé que, oui, le diable existe et qu’il était venu m’entourer pour se saisir de moi ! Imaginez alors ma frayeur, mon affolement ! Mon esprit scientifique et intellectuel, ne m’était plus maintenant d’aucune utilité. Je tournais en rond dans cette salle, tentant désespérément de réintégrer mon corps, mais cette chair qui était la mienne ne voulait pas me recevoir, et j’avais terriblement peur. J’ai finalement réussi à prendre la fuite, aussi vite que j’ai pu. Sans savoir comment, je suis passée à travers le mur de la salle d’opération, espérant pouvoir me cacher dans les couloirs de l’hôpital. Mais en traversant le mur … J’ai bondi dans le vide…! Vers le bas, me dirigeant vers de nombreux tunnels qui descendaient vers le fond. Au début il y avait encore un peu de lumière mais ces tunnels étaient comme les alvéoles d’une ruche remplies de nombreuses gens : des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, qui pleuraient, et qui grinçaient des dents en lançant des cris d’horreur … Et moi, de plus en plus terrifiée, je continuais à descendre, cherchant vainement à m’en sortir, pendant que la lumière s’estompait davantage en perdant rapidement de son intensité. …J’ai continué à errer dans ces tunnels dans une obscurité effrayante, jusqu’à ce que j’arrive dans une obscurité qui ne peut être comparée à rien d’autre… Je peux seulement dire, en guise de comparaison, que l’obscurité la plus intense sur terre n’a rien de comparable à cette noirceur. Dans ces bas fonds, cette même obscurité génère de la douleur, de l’horreur, de la honte, et une terrible puanteur. C’est une obscurité vivante, oui, elle est vivante : là l’esprit est inerte et a cessé de vivre. A la fin de cette descente, courant le long de tous ces tunnels, je suis arrivée à un seuil inférieur. J’étais devenue frénétique, avec une volonté de fer de me sortir de là : avec cette même volonté que j’avais démontrée pour me tailler une place dans la vie, mais maintenant tout cela s’avérait inutile parce que là où j’étais là je demeurais.

À un moment donné, j’ai vu le sol s’ouvrir devant moi comme une grande bouche, énorme ! C’était vivant ! Vivant ! J’ai senti mon corps vidé de ses entrailles, vide d’une manière effroyable, et tout en dessous de moi un abîme terrifiant, incroyable, horrible ; ce qui m’a fait frissonner le plus c’était qu’en regardant plus bas, on ne pouvait même plus percevoir le moindre petit soupçon d’amour venant de Dieu, et sans aucune lueur d’espoir.

Il y avait quelque chose dans ce gouffre qui m’aspirait vers l’intérieur. Je criais comme une folle, terrorisée, sentant avec horreur que j’étais incapable d’éviter cette descente et que je glissais irrémédiablement vers le fond …

Je savais que, si j’y entrais, je ne resterais pas là, mais que j’allais continuer à descendre, sans jamais pouvoir en revenir. C’était là la mort spirituelle de mon âme.

La mort spirituelle de l’âme : J’étais irrémédiablement perdue. Mais dans cette horreur si grande, juste quand j’allais entrer dans ce gouffre, l’Archange Gabriel me saisit par les pieds …Mon corps pénétra dans l’abîme mais mes pieds restèrent accrochés. C’était un affreux moment et vraiment douloureux. En arrivant à cet endroit, le peu de lumière qui se dégageait encore de mon esprit ennuyait les démons ; toutes ces horrifiantes créatures malpropres qui demeurent là m’ont immédiatement attaquée. Ces êtres horribles étaient comme des larves, des sangsues qui essayaient de bloquer la lumière. Imaginez l’horreur en me voyant couverte de pareilles créatures…

Je protestais, je criais comme une folle ! Ces choses brûlaient ! Elles étaient comme une noirceur vivante, une haine qui brûle, qui nous dévore, qui nous met à nu. Il n’y a pas de mots pour décrire pareille horreur !