J’ai vu mes parents

Quand j’ai crié que j’étais catholique, j’ai aperçu une faible lueur : il faut comprendre que, dans cette épaisse noirceur, même une faible lueur peut paraître comme un summum de lumière ; c’est le plus précieux cadeau que l’on puisse recevoir en cet endroit. Tout en haut de l’abîme j’ai aperçu quelques échelons, et j’ai vu mon père (décédé cinq ans auparavant) presque à l’entrée de l’abîme. Il avait un peu plus de lumière en cet endroit ; et quatre échelons plus haut j’ai vu ma mère, avec beaucoup plus de lumière et en position comme ceci, comme si elle était en prière. En les voyant j’ai éprouvé une joie si grande que j’ai commencé à crier :

« Papa ! Maman ! Quelle joie ! Venez me chercher ! Venez me sortir hors d’ici ! Papa, maman, s’il vous plaît, faites-moi sortir d’ici ! Je vous prie, sortez-moi hors d’ici ! Portez-moi loin d’ici !!! »

Pendant tout ce temps mon corps était dans un coma profond : J’étais intubée, branchée à des machines et agonisante. L’air n’entrait pas dans mes poumons, mes reins ne fonctionnaient plus…Si j’étais encore reliée aux machines, c’était grâce à ma sœur, médecin, qui avait insisté auprès de ses collègues en invoquant qu’ils n’étaient pas Dieu. On croyait, en effet, que c’était peine perdue de vouloir me maintenir en vie, et c’est ce qu’on disait à mes parents : on disait qu’on ne pouvait pas continuer indéfiniment et qu’il valait mieux me laisser mourir en toute quiétude, puisque de toute façon j’étais à l’agonie. Ma sœur a tellement insisté, qu’ils… Vous voyez l’incohérence ? Je défendais l’euthanasie, le droit de mourir dans la dignité !

Les médecins n’ont laissé personne entrer là où j’étais, si ce n’est ma sœur médecin qui est demeurée continuellement à mon chevet.

Quand mon âme, qui était dans l’au-delà, a vu mes parents, ma sœur, qui se trouvait près de mon corps comateux, m’a clairement entendue leur crier, si heureuse que j’étais qu’ils puissent venir me chercher.

Peut-être vous est-il déjà arrivé d’entendre une personne inconsciente crier ou prononcer quelques mots : c’est ce qui m’est arrivé. J’ai failli faire mourir ma sœur de peur ! En effet, en voyant mes parents je me suis mise à crier de joie, leur demandant de venir me prendre ; et alors ma sœur, en entendant tout ceci, s’est écriée : « Maintenant c’est qu’elle est morte, ma sœur ! Ma mère et mon père sont venus pour la prendre ! Allez-vous en, ne la prenez pas ! Partez, n’y touchez pas ! Va-t-en, maman, s’il te plaît ; va-t-en, papa, s’il te plaît ; ne la prends pas ! Ne vois-tu pas qu’elle a de jeunes enfants ! Laisse-la ! Laisse-la ! »

Les médecins ont dû la sortir hors de là, pensant que ma pauvre sœur était délirante, qu’elle pouvait être en état de choc ; ce qui aurait été normal, parce que ce n’était pas une mince affaire qui lui arrivait : la mort de mon neveu, aller prendre le cadavre à la morgue, la sœur qui meurt, qui ne meurt pas, mais qui n’aurait pas plus de 24 heures à vivre, selon les médecins… Ça faisait maintenant trois jours qu’elle était dans cet état de panique, et tout ceci sans avoir dormi un seul instant. Ne vous surprenez pas si on la croyait complètement épuisée et en proie aux hallucinations…

Quant à moi, imaginez quelle joie j’ai ressentie quand j’ai vu mes parents ! Dans cet endroit, dans l’horrible situation où je me trouvais, je voyais mes parents !

Quand ils ont regardé et qu’ils m’ont vu là, vous ne pouvez pas savoir l’immense douleur qui se dégageait de leurs visages. Parce que là nous percevons et nous voyons les sentiments des autres ; j’ai vu la douleur qu’ils ont ressentie, une douleur tellement intense. Mon père a commencé à pleurer, mais tellement, puis il s’est écrié :

« Ma fille ! Ah, non ! Mon Dieu, ma fille non ! Mon Dieu, ma petite fille non! »

Ma mère priait, et quand elle a posé son regard sur moi elle a vu la peine dans mes yeux, mais, en même temps, rien n’a troublé l’expression de paix et de douceur qui émanait de son visage, pas même une larme ! Au lieu de pleurer, elle a levé les yeux, puis s’est tournée vers moi. J’ai compris avec horreur leur impuissance à me tirer de là ! Cela a augmenté ma souffrance, les voyant là partageant ma douleur sans pouvoir faire quoi que ce soit pour moi ! J’ai compris également qu’ils avaient à rendre compte au Seigneur de l’éducation qu’ils m’avaient donnée. Ils étaient mes tuteurs, à qui leur avait été confié la tâche de développer les talents que Dieu m’avait donnés. Avec leur vie et leur témoignage, ils devaient me protéger contre les attaques de Satan. Et ils devaient faire profiter les grâces que Dieu m’avait données à mon Baptême. Tous les parents sont les gardiens des talents que Dieu confère aux enfants à leur naissance.

Quand j’ai vu leur douleur, surtout celle de mon père, j’ai encore crié désespérément :

« Faites-moi sortir d’ici ! Faites-moi sortir d’ici ! Je ne devrais pas être ici, parce que je suis catholique ! Je suis catholique ! Tirez-moi hors d’ici! »