Les prières d'un saint délivrent beaucoup d'âmes du purgatoire.

Puisque nous avons parlé de la puissante intercession des saints en faveur des âmes souffrantes, il ne sera pas inutile de rappeler ici la grâce singulière qui fut accordée à Jean de Nivelle, chanoine de la cathédrale de Liège. Thomas de Catimpré raconte et loue sans réserve, les œuvres admirables de salut qu'opéra ce pieux personnage.

Mais citons seulement ce qui a rapport à notre sujet.

Un zélé prédicateur prêchant un jour dans une église d'Angleterre, parlait avec la plus grande véhémence contre ces impies qui osent par leurs crimes, outrager en face la Majesté divine. Une femme du monde, coupable des plus graves désordres, assistait à ce sermon ; elle y fut si vivement touchée par la grâce, et elle conçut une telle horreur des crimes de sa vie, que tout-à-coup, interrompant le prédicateur ; elle s'écria tout en larmes : « Mon Père, la confession vite vite,pour cette malheureuse pécheresse.» Celui-ci,tout en admirant un semblable courage, l'invita cependant à se taire jusqu'à la fin du sermon, pour ne pas troubler le recueillement de l'auditoire. Elle se tut quelques moments, mais la contrition prenait un tel accroissement dans son cœur, qu'elle s'écria de nouveau : «De grâce ! serviteur de Dieu, descendez vite pour me donner l'absolution de mes énormes crimes. » Le prêtre lui imposa encore silence, ajoutant qu'il ne lui restait que peu de choses à dire, et qu'immédiatement il l'entendrait et lui donnerait l'absolution.

Il récapitulait brièvement ce qu'il avait dit de la gravité du péché, lorsque cette femme se leva et recommença ses cris : « Tout de suite, mon Père, tout de suite, la douleur me brise et je me meurs...» En effet, elle tomba sur le pavé de l'église, et expira à l'instant.

Grande fut la stupeur du peuple, et plus encore celle du prédicateur ; il déplorait de ne pas s'être rendu plus tôt aux instances de cette pauvre pécheresse. Après ce premier moment de trouble, il pria ses auditeurs de conjurer la divine Miséricorde d'avoir pitié de cette pauvre âme et de daigner révéler en quel état elle se trouvait, afin de lui obtenir quelques suffrages si elle en avait besoin. Dès qu'il fut rentré dans son monastère, il s'enferma dans sa cellule pendant trois jours qu'il passa tout entiers dans la prière, sans prendre ni repos ni nourriture. La troisième nuit, la défunte lui apparut toute glorieuse, vêtue d'un manteau blanc, le visage rayonnant de joie. Elle lui dit : « Voici la pécheresse pour laquelle vous faites tant de prières ; je suis délivrée des peines que m'avaient méritées mes innombrables fautes. Grâces éternelles soient rendues au Seigneur qui a usé d'une si prompte miséricorde envers moi ; changez vos prières en remerciements ; je m'envole au séjour des félicités infinies où je serai votre reconnaissante protectrice.» Comme le prédicateur craignait d'être le jouet d'une illusion, l'âme ajouta : « Afin que vous ne doutiez plus de la vérité de cette apparition, voici un signe certain auquel vous reconnaîtrez la vérité : aujourd'hui même est passé à la vie bienheureuse, le grand serviteur de Dieu, Jean de Nivelle, chanoine de Liège. Comme il a été toute sa vie le bienfaiteur des pauvres, les secourant par d'abondantes aumônes et autres œuvres de charité, il a obtenu de Dieu la grâce de délivrer un grand nombre d'âmes et de les conduire avec lui au ciel. Car tandis que les anges le portaient dans la céleste Jérusalem, il aperçut le gouffre du purgatoire, et au milieu des flammes, un grand nombre de ceux qu'il avait convertis à la pénitence. Alors il s'est adressé à la divine Miséricorde, la suppliant au nom des mérites de Jésus- Christ, de lui accorder la grâce de ces pauvres captifs. Il fut si promptement exaucé, qu'à l'instant même, une grande multitude d'âmes délivrées de leurs chaînes, escortèrent le libérateur dans son triomphe.

J'ai été du nombre de ces privilégiées ; mais avant de monter au céleste royaume, il m'a été accordé de venir vous témoigner ma gratitude, et pour vos paroles qui ont pénétré mon cœur de contrition, et pour vos prières qui ont obtenu ma délivrance. » Puis la vision disparut. Le Père, afin d'avoir la preuve complète de cet événement, s'empressa d'écrire à Liège, et il reçut des chanoines l'assurance que, précisément à l'heure de l'apparition, le vénérable Jean avait quitté ce monde. Voyez, conclut ici l'historien, voyez, de quelle gloire sont jugés dignes, ceux qui emploient le temps de leur existence à travailler au salut du prochain.