Marie, au jour de son Assomption, introduit au Ciel une multitude d'âmes.

L'apôtre exalte la gloire du Rédempteur, lorsqu'au jour de son ascension, il conduit triomphalement au ciel les âmes des justes retenues depuis si longtemps dans les limbes, et le célèbre Gerson exalte pareillement aussi la gloire ds la Mère de Dieu au jour de son assomption : « Elle se présenta au ciel, dit-il, suivi d'une innombrable multitude d'âmes du purgatoire . et chaque année, à pareil jour, elle en délivre une foule nombreuse. » Saint Pierre Damien confirme cette pieuse croyance par le récit de la vision suivante.

A la fête de l'Assomption de la divine Vierge, c'était la coutume du peuple romain, la nuit qui précède la solennité, du visiter processionnellement, un cierge à la main, toutes les églises de la ville.

Or, une année, comme les nocturnes visiteurs se pressaient en foule dans la basilique de l'Ara-Coeli. au Capitole, une dame d'une grande piété y aperçut une personne morte depuis prés d'une année, sa surprise était extrême. Il lui vint un grand désir d'interroger la défunte sur sa situation dans l'autre vie ; mais il n'était pas facile de la rejoindre, tant la foule était compacte ; elle résolut de l'attendre vers la porte. Dès qu'elle se fut approchée, elle lui prit la main, et lui dit : « N'êtes-vous pas ma marraine Marozie, ne m'avez- vous pas tenue sur les fonts du baptême ? » — « Oui. fit l'apparition, c'est moi-même. — Comment donc vous rencontré-je aujourd'hui parmi les vivants, lorsque je sais que vous êtes du nombre des morts depuis près d'un an ? Racontez-moi comment vous vous trouvez dans l'autre monde. La défunte lui répondit « Jusqu'à ce jour, je suis restée plongée dans un feu épouvantable, en punition des loisirs de ma jeunesse, alors que je m’adonnais aux discours licencieux, aux parures immodestes et à de coupables affections. Je m'étais, à la vérité, confessée de toutes ces iniquités, mais en recevant la rémission de la coulpe, je ne reçus pas en même temps celle des peines temporelles que j'avais méritées ; aussi mes tourments dans le purgatoire ont été terribles et prolongés. Mais en cette grande solennité, la Reine du ciel, émue de compassion envers les âmes souffrantes, s'est faite leur médiatrice auprès du Juge éternel, et a obtenu, pour moi et pour un grand nombre, la grâce de sortir de notre affreuse prison et de monter, en ce beau jour de l'Assomption, aux régions de l'éternelle vie. Et le nombre des âmes ; que sa toute-puissante intercession a délivrées aujourd'hui, surpasse celui de la population de Rome. A cause de cela, nous toutes (lors même que vous ne voyez que moi), nous allons ensemble dans les églises dédiées à notre Reine, lui témoigner notre reconnaissance pour le bienfait que nous avons reçu de sa miséricorde.

A ce récit, la dame toute stupéfaite, ne savait si elle devait ajouter foi à ce quelle entendait. Ce que voyant Marozie, elle ajouta : « Afin que vous ne doutiez point de la vérité de ce qui vous est révélé, sachez que vous-même, dans un an à pareille fête, vous mourrez. Si vous êtes de ce monde après le terme indiqué, tenez tout ceci pour une rêverie. » Puis elle disparut. Cette dame pénétrée de crainte résolut de mener une vie entièrement séparée du monde. Dès lors, quittant toutes les vanités du siècle, elle se revêtit modestement, prit le cilice, et changea les réjouissances, les festins et les vaines conversations, en abstinence, oraisons et solitude, espérant satisfaire ainsi à la Justice divine et abréger son purgatoire. L'avant veille de l'Assomption elle tomba gravement malade, et annonça qu'elle allait mourir. En effet, le jour même de la solennité, elle rendit son âme à son Créateur et alla expérimenter les précieux effets de la bonté de Marie.