La Reine du Ciel protège ceux qui l'invoquent en faveur des âmes.

Vers le commencement du siècle dernier, un fervent serviteur de Marie obtint une grâce non moins signalée que celle qui fut accordée à saint Grégoire-Thaumaturge. Il faut se rappeler que ce grand évêque, fuyant la persécution de l'empereur Décius, s'était retiré sur le sommet d'une montagne. Mais sa retraite fut découverte par un espion qui y conduisit des hommes armés pour se saisir de lui. Le saint était en oraison lorsque les ennemis arrivèrent ; mais par une permission du ciel, il fut invisible à leurs yeux. Après de vaines et minutieuses recherches, les satellites se retirèrent déconcertés. L'espion qui avait eu connaissance de ce prodige, se convertit à la foi catholique, tirant ainsi d'une miraculeuse cécité, la vraie lumière spirituelle. Mais revenons au serviteur de Marie. Il joignait à une piété ardente envers la divine Marie, une tendre compassion pour les âmes du purgatoire. Ses bonnes qualités ne l'avaient cependant point mis à l'abri des inimitiés : des ennemis acharnés avaient juré sa perte et ne cessaient de lui dresser des embûches pour le faire mourir.

Or une nuit pendant que ce pieux chrétien repose paisiblement, des assassins pénètrent dans sa demeure ; déjà ils ont ouvert la porte de sa chambre ; les voilà qui s'avancent à tâtons jusque vers son lit ; une chaise où se trouvent déposés des vêtements, devient une preuve certaine que l'homme qu'ils cherchent est sous leurs mains ; ils lèvent leurs poignards….. O bonté de Dieu ! ils trouvent le lit vide. La divine Providence venait de dérober son fidèle serviteur aux coups des meurtriers. Ceux-ci étaient loin de penser que celui qu'ils avaient voulu frapper, dormait tranquillement dans son lit ; s'imaginant au contraire qu'il s'est caché dans quelque endroit de la maison, ils se mettent en perquisitions dans tous les coins et recoins. Enfin déçus dans leur projet, les ennemis se retirent fort mécontents d'avoir manqué leur coup.

Mais voici un autre prodige plus étonnant encore. Un soir à souper, notre bonhomme se laissa entraîner à boire un peu plus que ne le comportait son tempérament. Il n'avait cependant pas dépassé les bornes ; néanmoins, il éprouva un malaise qui le contraignit à prendre son repos plus tôt que de coutume. Avant de s'endormir, il voulut réciter les litanies de la sainte Vierge, pieux tribut qu'il offrait chaque soir à la Mère des miséricordes, en faveur des âmes du purgatoire. Il n'était pas au milieu de ses litanies que le sommeil le surprit, et il s'endormit profondément.

Les mêmes ennemis avertis par un espion de l'état où il se trouvait, pénètrent dans sa chambre ; mais que voient-ils en s'avançant vers le lit ? une moitié de corps, un cadavre partagé dans toute sa longueur, comme ces martyrs du temps de Dioclétien, dont les corps étaient sciés en deux. Stupéfaits à cet horrible spectacle, les meurtriers s'enfuirent précipitamment, dans la persuasion que d'autres ennemis plus acharnés encore avaient exercé sur la victime cet acte d'atroce férocité.

Le divin rémunérateur de nos actions avait permis que la moitié seulement du corps de son serviteur fut invisible aux ennemis pour lui apprendre à ne pas s'acquitter à moitié de ses dévotions. Néanmoins, dans sa bonté infinie, il voulut le préserver de tout mal, vérifiant en lui cette divine promesse : « Le mal ne s'approchera pas de toi, et la verge ne te frappera pas. »

Le lendemain, ces cruels ennemis rencontrèrent celui qu'ils avaient vu si horriblement mutilé la veille . Ils le prirent pour un fantôme et demeurèrent atterrés ; mais s'étant rendu compte de la réalité, leur haine se changea en admiration ; ils ne pensèrent plus qu'à une sincère réconciliation. Un sage pacificateur ménagea une entrevue dans laquelle ils avouèrent leurs odieuses tentatives et les deux prodiges qui en avaient empêché l'exécution. L'heureux serviteur de Marie, à de tels aveux, ne savait que penser. « Je ne sais à quoi attribuer de pareils miracles, dit-il, c'est peut être en récompense de ce que je récite chaque soir les litanies de la sainte Vierge, en faveur des âmes souffrantes. Ce qui me le ferait présumer, c'est que le soir où vous ne vîtes que la moitié de mon corps, je n'avais précisément récité que la moitié des litanies. »

A l'issue d'un tel entretien, les assassins ne pouvaient assez admirer la bonté infinie de Dieu, et en même temps, assez détester leur conduite passée. Déjà sincèrement convertis, ils s'unirent pour glorifier Dieu, à celui qui venait de leur accorder le plus sincère et le plus magnanime des pardons. Tous ensemble, ils rendirent mille actions de grâces au Seigneur et à la Vierge Marie, et tout le reste de leur vie, ils s'appliquèrent avec un zèle admirable au soulagement des âmes du purgatoire.

Ce récit nous démontre combien la Miséricorde infinie a pour agréable les prières en faveur des morts, et quelle admirable protection la divine Vierge accorde à ceux qui la servent avec fidélité.