Valeur du saint sacrifice en faveur des âmes du purgatoire.

Bien que nous ayons déjà parlé plusieurs fois de l'incomparable vertu du divin sacrifice, nous y revenons encore : on n'en pourra jamais trop dire sur un sujet aussi saint, aussi inépuisable.

Dans le monastère de Clairvaux, gouverné par saint Bernard, Vivait un moine peu observateur de la règle et peu amateur de la solitude. Il n'est pas étonnant que parmi beaucoup de pièces d'or, il s'en trouve une de moindre valeur.

Ce religieux mourut, on lui fit de dignes funérailles selon la coutume. Pendant qu'on chantait l'office de Requiem, un des anciens du monastère, que tous regardaient comme un modèle de sainteté, eut une vision sur le sort du défunt. Il vit une troupe de démons tourner avec un grand vacarme autour du cercueil. Au milieu de leurs clameurs confuses il distingua ces paroles : « Courage ! à la bonne heure, il nous est cependant permis une fois de tourmenter une âme de cette maudite vallée ! » La nuit suivante, pendant que le vénérable cénobite, retiré au fond de sa cellule, se livrait au sommeil, un spectre, tout couvert de haillons, apparaît à ses yeux et lui dit d'un ton lugubre : « Puisque hier vous fûtes témoin des cris de joie des esprits de ténèbres, et de leurs rondes infernales autour de mon cercueil, venez voir à quel horrible tourment m'a condamné la divine Justice pour mes péchés trop faiblement expiés.» Aussitôt il le conduisit au bord d'un puits très large et d'une profondeur épouvantable . Le fantôme ajouta : « Il est permis à ces monstres de l'enfer de me précipiter continuellement dans ce puits ; aussi à peine m'y ont-ils jeté, qu'aussitôt ils m'en retirent, et avec une telle furie, que je choisirais plutôt d'y être abîmé cent fois par les plus cruels bourreaux de la terre, qu'une seule fois par ces démons enragés.

Le saint vieillard se réveilla glacé d'effroi. A l'aube du jour, il alla raconter à saint Bernard cette triste vision. Le saint abbé avait eu les mêmes communications, et il gémissait et pleurait, concluant que les fautes de ce moine n'avaient pas été légères, puisqu'elles étaient punies par des supplices si rigoureux.

Saint Bernard convoqua le chapitre, et pour inspirer à ses religieux une crainte salutaire et une grande fidélité dans l'observance de la règle, il leur raconta l'effrayante apparition ; ensuite il demanda à tout le monastère des jeûnes, des pénitences, des oraisons, et surtout des messes, afin d'apaiser la Justice divine et de délivrer au plus tôt cette âme infortunée.

Les religieux se portèrent avec une grande charité aux œuvres satisfactoires demandées, et dans cette même matinée, tous les prêtres dirent une messe de Requiem.

Peu de jours après, le défunt apparut de nouveau au vénérable vieillard ; mais quelle différence ! il était resplendissant ; la joie et la sérénité étaient empreintes sur son visage.

Interrogée sur sa situation, l'âme répondit : « Bienheureuse ! grâce à Dieu et à mes pieux confrères. » Le saint religieux lui demanda encore quel avait été le plus excellent des suffrages offert pour sa délivrance. Pour toute réponse, le défunt conduisit le vieillard dans l'église où plusieurs messes se célébraient en thème temps : «Voici, dit-il, mon secours, voilà ma délivrance, c'est la souveraine Miséricorde, c'est l'Hostie salutaire qui efface les péchés du monde ; à cette puissance, à cette miséricorde, à cette hostie de propitiation, il n'y a pas de force qui puisse résister, sinon l'obstination d'un cœur méchant et endurci.

A son réveil. le serviteur de Dieu eut une grande joie du salut de cette âme. et il alla aussitôt raconter aux religieux l'heureuse nouvelle. Ce récit inspira à tout le monastère un redoublement de respect, d'estime et d'amour envers le divin sacrifice.