Les âmes du purgatoire protègent leurs bienfaiteurs.

Dans l'ancienne Loi, le vaillant Judas Machabée mérita par sa confiance en Dieu d'avoir l'armée du ciel pour le défendre contre ses ennemis. Pareillement dans la loi nouvelle, bien des fois, des défenseurs invisibles ont protégé les faibles contre les attaques de l'ennemi.

En voici un exemple. Il y avait un soldat plein de Vaillance et de vertus, qui se fiait plus dans la force de Dieu que dans celle de ses armes. Sa confiance lui valut d'avoir les âmes du purgatoire pour protectrices. Parmi ses œuvres de piété, il s'était fait une loi de ne jamais passer par un cimetière ou devant une église sans s'arrêter quelques instants à prier pour les morts qui y reposaient. Or, un jour qu'il se promenait seul et sans armes, il fut observé par des ennemis qui l'épiaient pour lui ôter la vie. Le bon soldat, dans le péril qui le menace, s'enfuit à toute vitesse, et rencontrant un cimetière sur sa route, il le traverse sans savoir seulement dans quel lieu il se trouve ; mais s'apercevant tout-à-coup qu'il est dans la demeure des morts, le voilà dans une grande perplexité : fuira-t-il ? ou s'arrêtera-t-il pour prier ? Sa piété l'emporte sur la crainte, et il dit dans son cœur : « Que je perde la vie plutôt que de manquer à ma résolution de soulager les âmes. Le Dieu Tout-Puissant pourra bien me faire un bouclier contre les armes de mes enragés ennemis.» Et il se mit à genoux pour réciter un De profundis. Ceux qui le poursuivaient, entrèrent dans le cimetière ; déjà leurs épées étaient levées, pour le frapper mais le voyant cloué comme une statue, ils s'imaginèrent que la crainte de la mort lui avait comme enlevé l'usage des sens, et ils se regardaient l'un l'autre. Enfin ils allaient le tuer. Mais quel ne fut pas leur effroi, de le voir entouré tout-à-coup d'un essaim d'hommes armés ! Contraints d'abandonner leur projet homicide, les assassins, tremblant pour leur propre vie, s'enfuirent à toutes jambes. Par une permission du Ciel, le pieux soldat ne s'était aperçu ni du secours ni du péril. Lorsqu'il eut achevé sa prière, il leva les yeux, et ne voyant personne, il se remit en route en bénissant Dieu.

Quelque temps après, des amis communs ménagèrent une réconciliation. Lorsque la paix fut faite, les deux anciens ennemis demandèrent au pieux soldat quelle cause l'avait rendu immobile dans le cimetière lorsque les épées se levaient contre lui, et quelle était cette troupe d'hommes armés qui, soudain l'avait environné. Les questions et les réponses mutuelles firent connaître que les âmes du purgatoire étaient intervenues.

Le bruit de cet admirable événement se répandit dans tout le pays ; il excita dans bien des cœurs, dit l'historien, un zèle ardent en faveur des âmes souffrantes, toujours si promptes à secourir ceux qui les soulagent par leurs bonnes œuvres.