La prière des justes délivre les âmes du purgatoire.

Le texte ci-dessus est tiré d'un passage de la sainte-Écriture ; il est à la louange du prophète Élie, alors que par la puissance de sa prière, appelée si justement par saint Augustin la clef du ciel, il ressuscita le fils de la veuve de Sarepta.

Les saints interprètes appliquent avec raison ces paroles aux chrétiens pleins de charité qui par leurs pieux suffrages retirent les âmes des flammes du purgatoire pour les introduire au ciel. De ce nombre, nous devons inscrire au premier rang, la séraphique Thérèse. Ses suffrages étaient si efficaces pour les âmes du purgatoire que l'ange des ténèbres tentait toutes les voies pour la troubler dans ses charitables exercices. Écoutons-la raconter elle-même un artifice de l'esprit malin.

« Une fois sur le soir de la fête des morts, je me retirai dans mon oratoire pour réciter l'office de Requiem. Au même instant, le démon sous une forme épouvantable, vint se poser sur mon livre, en sorte qu'il ne me fut plus possible de lire mes prières. Je me défendis par des signes de croix, et l'esprit du mal se retira par trois fois. Mais à peine avais-je commencé la récitation d'un psaume qu'il revenait m'apporter le même trouble et le même obstacle ; il ne me fut possible de l'éloigner complètement qu'en aspergeant le livre d'eau bénite, et en jetant quelques gouttes sur lui. Oh ! alors il prit précipitamment la fuite, et je pus tranquillement poursuivre mon office. Lorsqu'il fut terminé, je vis sortir du purgatoire un certain nombre d'âmes auxquelles il n'avait manqué pour être délivrées que ce petit suffrage, et c'est pour cela que le démon jaloux avait voulu l'empêcher.

Parmi le grand nombre d'âmes qui apparurent à notre séraphique sainte, trois seulement montèrent de la terre au paradis sans passer par les flammes du purgatoire.

Une de ses religieuses venait de mourir, or pendant qu'on récitait la première leçon de l'office des morts, elle vit l'âme de la défunte sortir de l'église et s'envoler directement au ciel. Une autre fois, comme elle assistait au saint sacrifice, offrant avec le prêtre l'Hostie de propitiation en faveur d'un religieux qui venait de mourir, elle vit apparaître le divin Sauveur. Il venait cet aimable Maître, si bon, si miséricordieux, chercher lui-même l'âme délivrée par Thérèse et l'emmener à la céleste patrie.

Voyant l'efficacité de ses prières, sainte Thérèse s'enflammait d'une ardeur nouvelle pour la délivrance des âmes ; et s'efforçait de communiquer son zèle à tous les monastères de son Ordre. Bientôt il s'y établit par ses soins une précieuse coutume. Chaque année, au 2 Novembre, jour de la Commémoraison des Morts, après avoir chanté l'office de Requiem, toute la communauté rassemblée assistait à une exhortation sur les âmes du purgatoire et sur les moyens de les soulager ou délivrer ; ensuite chaque personne donnait par écrit la liste des bonnes œuvres qu'elle avait résolu de faire pour les défunts dans le cours de l'année nouvelle : les unes offraient des mortifications, les autres des oraisons nombreuses, celles-ci diverses œuvres de charité. Enfin, grâce au zèle ardent de sainte Thérèse, les âmes du purgatoire trouvaient à recueillir dans chaque monastère une riche moisson de suffrages.

Don Bernardin de Mendoza avait donné à Thérèse, Par acte authentique, une maison avec un vaste et beau jardin qu'il possédait à Valladolid, afin qu'elle y fondât un couvent dédié à la Mère de Dieu. Il la pria avec instance d'en prendre possession et de mettre la main à l'œuvre immédiatement, comme s'il avait eu quelque secret pressentiment de sa mort prochaine, et du bénéfice que son âme retirerait de cette charité faite aux épouses du Christ. Mais Thérèse, retenue ailleurs par d'autres fondations de monastères, ne put se rendre à Valladolid que quelques mois après. Dans cet intervalle, Bernardin de Mendoza fut surpris par une fièvre pernicieuse qui lui ôta l'usage de la parole et la possibilité de se confesser. Heureusement, le malade avant que d'expirer, donna des signes évidents de contrition. Sainte Thérèse se trouvait à Alcala lorsqu'elle apprit la mort de son bienfaiteur. Cette triste nouvelle pénétra son cœur d'une douleur profonde ; la pensée qu'il était mort sans sacrement, la porta à supplier ardemment son divin Époux en sa faveur. Notre Seigneur lui fit connaître que ce bienfaiteur était mort dans de bons sentiments, et que la généreuse donation qu'il avait faite à sa divine Mère, avait été pour lui une source de grâces, et qu'il sortirait du purgatoire le jour même, où pour la première fois, on célébrerait la messe dans le nouveau monastère. Cette révélation ne laissa plus de repos à la sainte, tant il lui tardait d'être à Valladolid pour y fonder l'église et délivrer ce bienfaiteur. Cependant, malgré sa pieuse impatience, il fallut, pour des affaires concernant la gloire de Dieu, qu'elle se rendit auparavant au monastère d'Avila. Elle y demeura quelques jours. Un matin qu'elle était en oraison, le Sauveur daigna venir lui-même, la presser de terminer l'affaire de Valladolid, afin de délivrer la pauvre âme captive. On peut penser avec quelle ardeur et quelle activité sainte Thérèse correspondit au désir de son divin Maître. Elle expédia tout de suite à Valladolid le Père Julien d'Avila, afin d'obtenir promptement de l'autorité ecclésiastique la permission de commencer la fondation. La sainte arriva peu de jours après et fit appeler des maçons pour construire l'église et les murailles de clôture. Mais voyant que cet ouvrage ne serait fini que dans un terme assez éloigné, elle demanda l'autorisation de former une chapelle provisoire en faveur de quelques religieuses qui l'avaient accompagnée. Lorsque la petite chapelle fut prête, le Père Julien monta au saint autel. Au moment de donner la sainte communion à Thérèse, il la trouva en extase, comme cela arrivait presque toujours quand elle s'approchait de son Dieu. Or voici ce qui lui était arrivé. Au moment où elle se dirigeait vers la sainte table, l'âme du donateur lui était apparue, rayonnante de joie et couronnée d'une gloire divine. Après avoir rendu à la sainte d'affectueuses actions de grâces, cette âme bienheureuse prit son essor vers les cieux. Cette apparition causa à sainte Thérèse une joie indicible, car elle n'avait pas osé espérer que cette messe dite dans une chapelle provisoire, pût remplir la condition émise par Notre- Seigneur ; elle n'avait compté obtenir cette grâce que lorsque la première messe aurait été célébrée dans l'église neuve.

Cette tendre sollicitude de Jésus pour les âmes souffrantes ravit le cœur de Thérèse, et excita dans tous les monastères du Carmel un zéle ardent pour la délivrance des défunts.