De la communion mensuelle appliquée aux âmes du purgatoire.

Ayant déjà parlé de la sainte communion appliquée au soulagement des défunts, nous ajoutons pour faire suite au même sujet, que, dans toutes les églises de la Compagnie de Jésus, on a la charitable coutume de consacrer chaque mois une communion à la délivrance des âmes du purgatoire. Les saints docteurs voient un admirable symbole du divin Sacrement dans ce passage de l'Apocalypse représentant l'arbre de vie planté au milieu du paradis terrestre, et qui donnait chaque année douze fruits, un par mois ; ces feuilles même étaient utiles au salut des nations : c'est l'interprétation de saint Thomas d'Aquin : « De même, dit-il, que la corruption et la mort nous sont venues d'une nourriture défendue, c'est-à-dire du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, de même aussi, la justification et la vie doivent commencer en nous par la nourriture de l'arbre de vie qui est le corps du Seigneur.» Si donc l'Eucharistie est si bien représentée par l'arbre de vie qui produisait un fruit chaque mois, on voit combien est convenable cette communion mensuelle en faveur des défunts et à laquelle est attachée une indulgence plénière. Les âmes délivrées par cet admirable suffrage, obtiennent de Dieu, des grâces signalées pour leurs bienfaiteurs ; c'est ce que nous assure Adrien VI dans cette mémorable sentence : « Quiconque prie pour les âmes du purgatoire ( à plus forte raison communie pour elles ) les oblige à la reconnaissance et à des services égaux. » C'est pourquoi cette institution de communion générale est très-agréable à Dieu, et d'un prix immense pour les âmes. Les saints docteurs nous l'affirment ; et plusieurs apparitions miraculeuses nous le prouvent. J'en citerai une seule.

L'archange saint Michel, principal protecteur de la sainte Église, et lieutenant du Seigneur, assista plusieurs fois visiblement à la communion générale appliquée aux morts.

L'an 1615, comme les Pères de la Compagnie célébraient solennellement cette communion du mois dans l'église de Sainte-Marie, au-delà du Tibre, à Rome, il se trouva au milieu de la foule nombreuse accourue à cette solennité, un étranger d'une autre province d'Italie ; c'était un touriste venu dans la seule intention de visiter les monuments et les splendeurs de la ville éternelle. Tandis qu'il se promenait sur la place, il vit sortir de l'église et s'avancer vers lui un mendiant de bonne apparence, qui lui demanda l'aumône pour l'amour de Dieu. Trois fois le pauvre le supplia avec une vive instance, et trois fois, il se vit rebuté. Or, comme il s'éloignait, voici que l'étranger, touché par un mouvement intérieur, le rappela, ouvrit sa bourse et lui offrit une pièce de monnaie : « Gardez votre argent, lui dit alors le mendiant, je n'ai nul besoin de votre aumône ; c'est vous qui êtes nécessiteux ; vous avez grand besoin de la divine Miséricorde pour vous convertir. Sachez que je suis venu du mont Gargan à la belle cérémonie qui s'accomplit dans cette église, pour vous presser de changer de vie, voilà vingt ans que vous offensez la divine Justice, sans qu'une bonne confession vous ait lavé de toutes vos souillures. Hâtez-vous de faire pénitence : l'épée du souverain Juge est déjà suspendue sur votre tète pour tirer vengeance de tant d'iniquités. »

A ces paroles, l'étranger demeura comme atterré ; ses cheveux se dressèrent sur sa tête en s'entendant reprocher une vie qu'il ne croyait connue que de Dieu seul. Mais cette émotion fut bien plus grande encore, quand il vit ce pauvre disparaître à ses yeux comme un éclair. Touché par la grâce divine, le pécheur entre dans l'église ; là, dans l'amertume de son cœur, il repasse devant Dieu sa vie criminelle, puis il va se jeter aux pieds d'un prêtre et lui fait l'aveu de toutes ses iniquités, en versant un torrent de larmes. Lorsque, la sentence du pardon eut purifié son âme, il supplia son confesseur de publier en chaire pour le bien des fidèles, le miséricordieux événement qui l'avait converti. On sut par révélation, qu'une âme du purgatoire, récemment délivrée par le suffrage de la communion mensuelle, avait obtenu de l'infinie Miséricorde, la grâce du repentir à ce pauvre pécheur.

En terminant, nous dirons avec l'historien, que ce mendiant mystérieux, venu du mont Gargan, n'est autre que saint Michel, le protecteur de l’Église ; nous ajouterons encore avec lui, que la présence de ce glorieux archange à la solennité de Sainte-Marie, prouve clairement combien la communion pour les morts est agréable à Dieu et profitable à l’Église.