Celui qui souffre avec résignation dans ce monde ira droit au ciel.

L'empereur Maurice fit preuve d'une rare prudence, lorsque interrogé miraculeusement par le Sauveur, S'il préférait expier ses crimes dans cette vie ou dans l'autre, il répondit sans hésiter : « Ici-bas, ô doux Jésus ! j'aime mieux souffrir ici-bas !» Un religieux de Saint-François n'eut pas la même sagesse. Affligé depuis longtemps d'une cruelle maladie, il était en proie à une sombre tristesse et se croyait à charge aux frères du couvent : aussi la mort lui paraissait préférable à la vie, et il demandait à Dieu de délivrer son âme de sa douloureuse prison.» Ô mon Dieu, disait-il, ayez pitié de votre malheureux serviteur : je ne trouve de repos ni jour ni nuit, tant sont affreuses mes souffrances, elles augmentent sans cesse et je n'ai plus la force de les supporter. Si mes fautes me rendent indigne d'être délivré. Jetez, Seigneur, un regard sur les peines et les mérites de mes frères, qui se sacrifient autour de mon lit de douleur. Ayez pitié d'eux et de moi ! Si la mort seule doit mettre un terme à mes maux, je la recevrai comme une grâce de votre clémence infinie.

Ainsi parlait ce religieux, lorsqu'un ange descendit du ciel pour le fortifier et lui faire cette proposition : « Puisque vous vous fatiguez de souffrir. Dieu vous laisse la liberté de rester encore dans cette vie ou de la quitter immédiatement ; si vous choisissez le premier parti, vous aurez une cruelle maladie d'un an, après laquelle vous monterez tout droit au paradis ; mais si vous préférez mourir maintenant, vous aurez à subir trois jours de purgatoire, pour achever de vous purifier de vos fautes. Choisissez ce qui vous plaît le plus, votre sort est entre vos mains. Le malade, ne pensant qu'à ses souffrances présentes, et non à celles qui l'attendaient dans l'autre vie, répondit aussitôt : « J'aime mieux mourir, et souffrir au purgatoire non seulement trois jours, mais autant qu'il plaira à Dieu car je ne pense pas y trouver des souffrances plus intolérables. — Eh bien, répondit l'ange, il sera fait comme vous le désirez ; vous mourrez aujourd'hui ; munissez-vous donc des sacrements de l’Église. » Le religieux se prépare à sa dernière heure, expire, et son âme est portée au purgatoire.

Un jour n'était pas entièrement écoulé, que le même ange vint le visiter, le consoler dans sa nouvelle épreuve ; il lui demanda si ses peines lui paraissaient moins pénibles que celles de la terre : « Hélas ! répondit l'âme, combien j'ai été aveugle ! Mais vous ange de vérité, qui m'aviez parlé de trois jours ! pourquoi me laisser en ce lieu si longtemps ? que d'années se sont écoulées ! et je n'aperçois rien qui annonce ma délivrance. Est-ce ainsi qu'on trompe une pauvre âme ?» Vous vous trompez vous-même, repartit l'ange, il y a vingt-quatre heures, à peine que vous êtes au purgatoire, et déjà vous déplorez votre triste sort ? Vous m'accusez de manquer à ma parole ? Ce n'est pas la longueur du temps, mais la rigueur des peines qui vous fait raisonner ainsi ; une heure vous parait un siècle. Soyez donc certain qu'il n'y a pas encore un jour que vous souffrez ; votre corps n'a pas même reçu la sépulture. Cependant, si vous vous repentez de votre choix, Dieu vous accorde la grâce de retourner sur la terre pour y subir l'année de maladie qui vous était réservée. — Oui, s'écria l'âme avec joie, oui, j'accepte ce parti ! Que Dieu m'envoie une maladie plus douloureuse encore de deux, trois, quatre années, autant qu'il plaira à sa justice ; tout ce que je désire c'est qu'il me tire de ce lieu d'inconcevables douleurs.

L'ange alors, sans délai, reporta l'âme dans le corps qui se leva aussitôt de son cercueil, en présence de la communauté saisie d'étonnement et d'admiration. Le ressuscité raconta tout ce qui lui était arrivé ; l'expérience qu'il venait de faire, donna aux religieux une juste idée des supplices du purgatoire, et les convainquit de la nécessité d'une rigoureuse pénitence en ce monde, si l'on veut éviter les tourments réservés dans l'autre vie par la Justice divine, aux fautes même les plus légères.

Pour lui, il supporta avec une admirable patience, les infirmités de sa maladie, et au bout de l'année, il rendit son âme à Dieu. L'ange, selon sa promesse, descendit de nouveau du ciel, et l'emporta en un instant dans les régions de l'éternelle félicité.

Cette histoire qu'on ne peut révoquer en doute, justifie les paroles de saint Augustin au sujet du purgatoire : « Un seul jour dans ce lieu d'expiation peut être comparé à mille ans de supplices terrestres. » Le même saint ajoute encore. « Le feu y est plus insupportable que tout ce qu'on peut endurer ici-bas. »