L'obéissance abrège la durée de l'expiation,

Parmi les grands avantages de l'obéissance si fortement recommandée par la sainte Écriture et par les saints Pères, l'un des principaux est de délivrer des peines du purgatoire, ou du moins de les diminuer. Cela se comprend aisément : l'homme d'obéissance exécutant les ordres qui lui sont intimés par son supérieur, est en conformité parfaite avec la volonté divine. C'est pourquoi, il ne peut être condamné aux peines expiatoires pour des actions accomplies selon les lois de l'infaillible sagesse. Saint Jean Climaque, dit de la sincère obéissance, qu'elle sera notre défense et notre sauvegarde au jour terrible du Jugement.

En voici un exemple :

La bienheureuse Émilie, dominicaine, prieure du monastère de Sainte-Marguerite à Verceil. encourageait et animait ses religieuses à la pratique de la Sainte obéissance, en les assurant que cette vertu les préserverait du purgatoire ou en adoucirait sensiblement les peines.

Dans la communauté, il était de règle de ne jamais boire hors des repas sans une permission spéciale de la supérieure ; celle-ci, par une prévoyance toute charitable, avait l'habitude de la refuser ; cependant elle s'efforçait d'adoucir ce refus en exhortant les sœurs à unir leur soif à celle de Jésus en croix ; elle leur conseillait de réserver cette eau pour l'autre vie, et d'en rendre l'ange gardien dépositaire jusqu'à ce que vint le moment de l'expiation.

Un jour, une des sœurs, Cécile Avogadra, pressée par une soif ardente, vint demander à la bienheureuse la permission de boire ; celle-ci inspirée de Dieu, s'y refusa, et encouragea sa fille spirituelle à offrir ces quelques gouttes d'eau à Jésus altéré. Malgré toute la peine que sœur Cécile éprouva de ce refus, elle se soumit sans murmure et fit ce petit sacrifice à son divin Époux qui ne tarda pas à l'en récompenser. La bonne sœur mourut peu de temps après, et le troisième jour, .elle apparut toute joyeuse et toute resplendissante à la Mère prieure, et lui raconta qu'ayant mérité de rester quelque temps en purgatoire pour avoir porté à ses parents une affection trop humaine, elle avait cependant été délivrée à cause de ces quelques gouttes d'eau laissées par obéissance ; qu'au bout de trois jours de purgatoire, son ange gardien était descendu dans sa triste prison ; en avait éteint les flammes au moyen de cette eau, par lui recueillie, et qu'à l'instant, elle s'était envolée, libre et joyeuse, vers les demeures éternelles.

Il y avait dans le même monastère une autre religieuse appelée Marie Isabelle, qui préférait les amusements et les conversations, aux nombreuses prières que l'on récitait au chœur. Un psaume lui paraissait long comme le psautier ; aussi, à peine le dernier verset de l'office était-il terminé, qu'elle s'en allait. La prieure s'en étant aperçue, l'arrêta un jour sur la porte et lui demanda quelle affaire importante la pressait ainsi de sortir toujours avant les autres, même avant les plus anciennes. La bonne sœur répondit franchement qu'après l’office déjà si long, elle trouvait fort ennuyeux d'être obligée d'attendre encore le lent défilé de toutes les sœurs. — «C'est très-bien, reprit la Mère, mais dites-moi, s'il vous en coûte, quoique commodément assise, de demeurer un peu au chœur pour chanter les louanges divines, comment ferez-vous quand il vous faudra rester en purgatoire, peut-être bien longtemps ? Je juge nécessaire pour le bien de votre âme, que, dorénavant, vous sortiez toujours la dernière de l'église ; j'espère par ce moyen, abréger la durée de votre expiation dans l'autre vie. » Sœur Isabelle se résigna avec cette obéissance parfaite que Dieu ne manque jamais de bénir ; non-seulement elle ne s'ennuya plus, mais elle éprouva des consolations extrêmes à prier bien longtemps ; elle eût même passé sa vie aux pieds des autels.

Ce ne fut pas la seule grâce : Dieu voulut bien, à cause de son humble soumission, et en considération des suffrages de la bienheureuse Émilie, la délivrer promptement du purgatoire, et il fut révélé que toutes les heures qu'elle avait employées à la prière par obéissance, avaient abrégé d'un temps égal, son séjour dans le lieu de l'expiation.