Les peines du purgatoire conformes aux fautes commises.

Dans les révélations de sainte Brigitte, on lit d'admirables apparitions concernant le purgatoire, révélations qui sont d'autant plus dignes de foi qu'elles ont été discutées et approuvées par les plus sages docteurs ; en sorte qu'on a écrit avec raison, autour de l'image de la sainte, ces belles paroles que l’Écriture Sacrée applique à la jeune veuve Judith : « Tout ce que vous avez dit, est vrai, et il n'y a rien à reprendre dans vos paroles.» Parmi ces nombreuses visions, j'en choisis seulement deux des plus instructives.

Sainte Brigitte assista au jugement et à la condamnation d'un soldat qui venait de mourir. L'âme fut présentée au Juge éternel ; elle avait, à sa droite son ange gardien pour avocat, et à sa gauche le démon pour accusateur. Celui-ci se mit à l'accuser spécialement de trois crimes : le premier, d'avoir péché par les yeux en les arrêtant sur des objets défendus qui souillaient son imagination et remplissaient son cœur de désirs coupables ; le second, d'avoir péché par la langue en prononçant des paroles obscènes, des blasphèmes et des malédictions ; le troisième, d'avoir pêché en actions par des larcins et par toutes sortes de désordre. L'ange prit sa défense et énuméra les bonnes œuvres qu'il avait faites : ses prières ferventes, ses abondantes aumônes, les jeûnes, les pénitences accomplies même au milieu du tumulte des camps. Il ajouta spécialement qu'au moment de la mort il avait recouru avec une grande affection à la Mère des miséricordes, à la Reine du ciel, et qu'il en avait obtenu un vrai repentir. Après cette accusation et cette défense, le souverain Juge prononça que cette âme était exempte des peines éternelles, mais qu'il la condamnait à de longs tourments dans le purgatoire. «Cette âme, dit-il, doit être entièrement purifiée et elle subira un châtiment en rapport avec ses péchés. La peine des yeux sera de voir d'horribles objets ; celle de la langue, d'être percée de pointes très aiguës et desséchée par une soif intolérable ; celle du toucher sera d'être plongé dans des flammes ardentes. » A ce moment, la Mère de Dieu, l'avocate des pécheurs, parut debout devant son divin Fils pour lui demander en grâce un adoucissement à tant de supplices. « Ce soldat, dit cette Vierge miséricordieuse, a jeûné les veilles de mes fêtes, récité souvent mon office, et recouru à ma protection par de ferventes prières. Le Sauveur se rendit à la demande de sa Mère ; il diminua les peines, et dit que pour satisfaire entièrement à sa justice, il faudrait que les vivants offrissent pour cette âme des prières, des aumônes et des pénitences.

Passons à la seconde vision. Un jour, sainte Brigitte était dans une haute contemplation, lorsque tout-a-coup elle fut mise hors d'elle-même à la vue des peines de l'autre vie. Parmi un grand nombre de personnes elle distingua une jeune fille de très noble origine qui gémissait dans d'affreux tourments ; elle se plaignait douloureusement de sa mère dont l'aveugle tendresse, pire que la haine, lui avait laissé une trop grande liberté, favorisant son envie de plaire, l'encourageant à dépenser pour de vaines parures, et avait ainsi excité son orgueil et sa vanité. En outre, elle l'avait conduite aux spectacles, aux festins, aux réunions mondaines et licencieuses. En un mot, au lieu de mettre un frein aux folles passions de la jeunesse, cette mère coupable avait au contraire, entraîné sa fille dans la voie des désordres qui mènent à la perdition. « Il est vrai, ajoutait la malheureuse enfant, que ma mère me conseillait de temps en temps quelques bonnes œuvres et certaines dévotions ; mais comme d'autre part, elle consentait à mes dérèglements, ces actes de vertu se mêlaient aux habitudes du vice ; c'étaient comme des aliments, sains d'eux-mêmes, mais auxquels on aurait mêlé du poison. Néanmoins, je dois rendre grâces à l'infinie miséricorde du Rédempteur qui n'a pas permis la damnation que méritaient mes crimes. Avant de mourir, pénétrée d'un vif regret de ma coupable vie, je me suis confessée ; et quoique le motif de ma condition fût la crainte de la mort, cependant au moment où j'entrais en agonie, je me ressouvins de la douloureuse passion du Sauveur, et cette pensée me fit faire un acte de contrition parfaite. Je m'écriai donc plus de cœur que de bouche : O mon Seigneur Jésus, je crois et je confesse que vous êtes mon Dieu. De grâce ! Fils de la Vierge Marie, par les mérites de votre douloureuse passion, ayez pitié de moi ! J'ai un vif repentir de mes offenses, et je les réparerai si vous me donnez la vie. En disant ces mots, j'expirai. Dieu m'a fait grâce des peines éternelles, mais je souffre dans le purgatoire les plus affreux tourments. »

Après ces paroles que Dieu fit entendre distinctement à la sainte pour servir d'instruction à tous, l'âme continua d'expliquer ce qu'elle endurait et fit connaître comment les peines correspondent aux fautes commises : « Maintenant, disait-elle, cette tête qui se plaisait aux vains ornements, qui ne pensait qu'à de folles dépenses, est dévorée de flammes à l'intérieur et à l'extérieur, et ces flammes sont si cuisantes, qu'il me semble que toutes les flèches enflammées du ciel viennent fondre sur moi. Ces bras et ces épaules que j'aimais tant à découvrir, sont étreints dans des chaînes de fer rougies au feu. Ces pieds ornés pour la danse, sont entourés de vipères qui les blessent et les dévorent. Tous ces membres chargés d'ornements précieux se trouvent maintenant plongés dans des tortures que leur font éprouver tour à tour les ardeurs d'un feu dévorant et le froid insupportable de la glace. » L'infortunée espérait avec raison que le récit de ses tourments exciterait la compassion de Brigitte et obtiendrait ses suffrages.

La sainte raconta cette vision à une cousine de la défunte, esclave, elle aussi, du luxe, de la vanité et de la faiblesse de son cœur. Ce récit lui fit une telle impression que, déposant aussitôt tous ses vains ornements, elle renonça à tous les plaisirs du siècle pour commencer une vie chrétienne. Plus tard, elle dit adieu au monde, se réfugia dans un cloître austère, et ses jours s'écoulèrent tout entiers dans l'exercice du jeûne, des mortifications et de la prière, afin d'éviter pour elle-même les flammes du purgatoire, et d'obtenir aussi par ses suffrages, le bonheur céleste à l'âme de son infortunée parente.