Des âmes répondant aux prières qu'on fait pour elles.

S'il est détestable et impie de se servir d'enchantements magiques pour évoquer les trépassés, comme le firent Simon-le-magicien et la pythonisse d'Endor dont il est parlé dans l’Écriture ; il est au contraire très louable de réciter pour eux des prières ; et plusieurs fois on a entendu des voix pleines de douceur, répondre à nos psalmodies. Les chroniques religieuses sont remplies de traits de ce genre.

On raconte du saint évêque Bristano, qu'il avait pour les âmes du purgatoire une extrême compassion ; chaque jour il les recommandait à Dieu dans le saint sacrifice ; sa tendre dévotion le faisait prier bien longtemps au mémento des morts, et, toutes les fois que le rit le permettait, il disait une messe de Requiem. Souvent au milieu de la nuit, il se rendait au cimetière ; la, seul, au pied de la grande croix, il récitait les psaumes de la pénitence et d'autres ferventes prières.

Or, une nuit, comme il achevait le Requiescat in pace, il entendit distinctement une multitude de voix répondre du sein des tombes : « Amen ! amen ! ». Le bienheureux François Fabriano, de l'ordre des Frères- Mineurs, fut témoin d'un semblable prodige. Chaque jour il appliquait au soulagement des défunts toutes ses bonnes œuvres unies aux mérites infinis de Jésus- Christ. Il avait une si grande compassion pour les âmes, qu'il ne pouvait songer a leurs tourments sans en éprouver lui-même une grande douleur. C'était surtout pendant l’offrande du saint sacrifice que son zèle et sa ferveur s'enflammait. Une fois il terminait une messe de mort par la post communion Animabus quoesumus, et comme il achevait le chant du Requiescat, toute l'église retentit d'un chœur de voix qui répondait avec une joyeuse harmonie : Amen ! Amen !

On demeura certain que ces âmes délivrées par les mérites du saint sacrifice, avaient poussé ce cri joyeux avant de monter au ciel. Saint Grégoire-de-Tours rapporte un fait plus remarquable encore.

Dans un bourg du Diocèse de Bordeaux, deux vénérables prêtres, d'une vie tout exemplaire, vinrent à mourir presque au même moment. Tous deux furent inhumés dans la même église ; mais l'un dans la partie nord et l'autre dans la partie sud. Or, pendant que le clergé, partagé en deux chœurs. chantait l'office (L'historien ne nous dit pas si c'était l'office des morts), on entendit retentir deux voix mélodieuses ; l'une s'unissait au premier chœur et l'autre au second. C'était une harmonie si céleste que ceux qui l'écoutaient, en étaient ravis de joie et comme hors d'eux-mêmes. Et lorsqu'elles chantèrent ces paroles du Psalmiste : « Je me suis réjoui à la pensée que nous irions dans la maison du Seigneur. » Ce fut pour tous un signe manifeste que ces deux âmes s'envolaient vers les splendeurs éternelles.