Touchante compassion d'un grand serviteur de Dieu envers les défunts.

Voici encore un mémorable exemple de la charité envers les morts.

Gratien Ponzoni, membre de la Congrégation des Oblats, et archiprêtre d'Arona, se signala par un zèle constant et infatigable pour la délivrance des âmes. Il serait trop long de redire en détail ses ferventes prières accompagnées de larmes, ses veilles, ses jeûnes, ses austérités de toutes sortes ; nous citerons seulement un fait particulier.

Semblable au saint homme Tobie dont il est dit qu'il s'empressait de donner la sépulture à ceux qui venaient de mourir ou d'être tués, il ensevelissait les morts de ses propres mains ; les pauvres, les inconnus les plus délaissés, étaient l'objet de sa prédilection. Or, il arriva une année, qu'Arona fut frappé d'un mal contagieux dont furent victimes un grand nombre de soldats napolitains, en garnison dans cette ville. Antonio Conturbio, le fossoyeur, dont le devoir était d'ensevelir ces infortunés, n'avait pas le courage de mettre la main à l'œuvre, tant il redoutait la contagion. Le bon archiprêtre avait l'âme brisée de douleur à la vue de tant de cadavres privés de sépulture, et pour mettre fin à cet état de choses, il fait appeler Antonio, lui reproche sa faiblesse, et l'exhorte par les paroles les plus persuasives à accomplir sa mission ; puis, joignant l’exemple au conseil, il se rend avec lui au milieu de la nuit, dans le lieu où gisaient les corps, et l'aide à les enterrer. Tant que dura l'épidémie, il continua cet exercice d'héroïque dévouement. C'est ainsi qu'il justifiait cette parole de l'Apôtre : « La charité détruit toute crainte. » Il méritait bien que ses oraisons fussent agréables à Dieu comme celles de Tobie, et qu'elles fussent portées par un ange du ciel au pied du trône divin.

Ces pestiférés auxquels le saint prêtre donnait la sépulture, avaient reçu au moment de la mort tous les soins que la charité la plus ardente peut inspirer. Après leur avoir aidé à franchir le seuil redoutable de l'éternité, il avait voulu que leurs corps fussent inhumés dans le cimetière situé près de son église de Sainte-Marie.

Un jour, après le chant des vêpres, comme il se promenait auprès de ce cimetière, en compagnie de don Alphonse Sanchez, gouverneur d'Arona, seigneur d'une admirable piété, il s'arrêta tout-à-coup, les yeux fixés vers les tombes, et comme frappé par quelque spectacle étrange. Le gouverneur regardait aussi du même côté, et l'effroi était peint sur son visage. L’archiprêtre, se tournant vers lui, lui demanda : « Voyez-vous cette procession de morts ? quelle marche lugubre ! Ahl ils pénètrent dans l'église, bien qu'elle soit fermée ! » «Je vois la même chose que vous, dit Sanchez.» Le bon prêtre était fort content d'avoir un témoin qui pût attester la vérité de ce merveilleux événement. Dans la persuasion que ces âmes n'apparaissaient que pour demander des suffrages, il fit sonner les cloches ce soir même afin de réunir les fidèles. Il leur annonça pour le lendemain un service solennel en faveur des morts qui étaient apparus. Ce vénérable archiprêtre demeura convaincu que c'étaient les âmes des soldats qu'il avait assistés, et qui, n'ayant dans l'autre vie de secours qu'en lui seul, étaient venus implorer ses suffrages.

Ce fidèle serviteur de Dieu s'efforçait par tous les moyens possibles d'inspirer à ses prêtres et aux fidèles le zèle ardent qui l'animait pour les âmes souffrantes. C'est dans cette intention qu'il fit construire une petite chapelle dans la partie du cimetière qui touchait à son église ; et afin que ceux qui passaient dans ce lieu, songeassent à prier pour les morts, il y exposa de manière à frapper les regards, un grand nombre de têtes et d'ossements.

Enfin, sa charité pour les âmes souffrantes animait toutes ses actions : les jeux mêmes qu'il offrait comme délassement aux familiers de sa maison, avaient encore pour but la délivrance des défunts. Il avait réglé que tout le gain serait employé à faire dire des messes de Requiem. A cet effet, une boite était déposée sur la table. Par ce moyen, quelle que fût la chance du jeu. il tournait toujours au bénéfice des défunts et à l'avantage des joueurs. Ingénieuse charité qui plaisait à Dieu, bel exemple à suivre dans les familles !