Effet admirable de la confiance envers les saints.

Les Juifs qui sont dans Jérusalem, aux Juifs leurs frères qui sont répandus dans l’Égypte, salut et heureuse paix. ( Machab. 2,1. ) Celle salutation que les Machabées de Jérusalem adressent à leurs frères d’Égypte, est appliquée par le cardinal Hugues aux âmes du purgatoire, et aux saints du ciel. Les âmes exilées envoient ce salut aux âmes bienheureuses afin d'obtenir leur protection, et celles-ci répondent à leurs sœurs souffrantes par un salut de consolation ou de délivrance. Le trait suivant confirme admirablement cette pensée.

A Récanati, petite ville des États-Romains, une pieuse dame avait deux fils qu'elle recommandait incessamment à la protection du bienheureux Luchesio, religieux de Saint-François ; de plus, elle leur avait inspiré dès l'enfance, une grande dévotion pour lui, aussi la vertu croissait en eux avec les années. Mais par malheur, il s'éleva un jour entre eux une difficulté relative à une affaire d'intérêt ; une querelle s'en suivit, et la discorde s'alluma au point, que l'un donna un soufflet à l'autre qui, aussitôt saisit son épée, l'enfonça dans la poitrine de son frère et l'étendit mort à ses pieds.

Le misérable prit la fuite, mais pas assez vite pour échapper aux poursuites de la justice, et il fut condamné à un supplice aussi barbare qu'étrange.

Il se commettait dans cette province de fréquents assassinats, et pour mettre un frein aux meurtriers, certains juges, par trop cruels, à l'imitation du féroce Mézence, avaient décrété que l'homicide serait lié à sa victime et enterré vivant avec elle.

En vertu de cette loi, le coupable fut lié étroitement au cadavre de son frère, puis enterré ainsi dans le cimetière de l'église des Frères-Mineurs. Le lendemain matin, quelques enfants jouant près de cette tombe, sentirent la terre remuer sous leurs pieds ; tantôt elle s'élevait et tantôt elle s'abaissait. Ils s'enfuirent en poussant des cris de frayeur et appelèrent les religieux qui psalmodiaient à l'église. Le même prodige se renouvelle en présence des moines ; aussitôt ils creusent le terrain ; mais à peine ont-ils enlevé quelques pelletées de terre, qu'ils entendent comme des soupirs étouffés. On creuse encore : tout-à-coup une voix supplie distinctement d'enlever légèrement la terre. Oh ! merveille ! on retrouve les deux frères vivants et on les délie aussitôt.

Le bruit de cet événement remplit bientôt toute la ville : peuple, noblesse, gouverneur, clergé, évêque, tous accoururent. Le prélat interrogea les deux jeunes gens. Celui qui avait été tué répondit le premier :

« Lorsque je me suis senti mortellement blessé, j’ai pardonné de bon cœur à mon frère, et je me suis recommandé avec ferveur à Dieu et au bienheureux Luchesio, auquel j'ai été voué depuis mon plus jeune âge : et lui, m'a non-seulement assisté au moment de la mort, mais il a obtenu à mon âme d'être délivrée du purgatoire et d'être renvoyée dans mon corps afin de faire pénitence en cette vie. » Le second prit la parole : «Et moi, quand je me suis vu lié au cadavre de mon frère pour être enterré vivant avec lui, je me suis recommandé de toutes mes forces à mon avocat, le bienheureux Luchesio, et, formant dans mon cœur des actes de sincère contrition, je promis au même saint que s'il me préservait de la mort, j'embrasserais la règle de saint-François. J'accomplirai ma promesse, si la Justice humaine me fait grâce.

Leur mère qui était là, présente, faillit mourir de joie comme elle avait failli mourir de douleur. Lorsque son émotion fut un peu apaisée, elle raconta à la foule qui l'entourait que lorsqu'elle s'était vue privée de ses deux fils par une mort aussi déplorable, elle avait supplié, au milieu de ses sanglots et de ses gémissements, le bienheureux Luchesio d'avoir pitié de ses malheureux enfants qu'elle avait placés sous sa protection dès leur berceau, et de les sauver de la mort éternelle.

A la vue d'un tel prodige, la foule qui, d'abord, s'était signée d'effroi, ne forma plus ensuite qu'un concert de louanges et d'actions de grâces envers le bienheureux Luchesio.

Le ressuscité retourna à la maison, bénissant mille fois son saint protecteur ; l'autre entra, aussitôt dans l'Ordre Graphique, et sa vie fut désormais un modèle de vertu et de pénitence.