La vertu la plus pure n'est pas sans tache devant Dieu.

Malheur à la vie la plus digne de louange, si Dieu la juge sans miséricorde, s'écrie saint Augustin.

En effet, est-il un homme sur la terre qui ne dût trembler si le juge éternel venait à scruter sa vie avec toute la rigueur de sa justice. L’œil perçant de Dieu découvre des taches dans les âmes les plus favorisées de ses grâces. Le fait suivant paraîtrait incroyable s'il n'était rapporté et certifié par le cardinal de Vitry lui-même.

Dans un village de la province de Liège, vivait en 1208, une veuve de mœurs édifiantes ; sa grande vertu lui avait concilié l'estime et l'affection de la bienheureuse Marie d'Oignies, célèbre aussi par sa sainteté. Celle-ci avait élevé deux filles de la pieuse veuve, dans l'innocence et dans la perfection. Déjà ces jeunes vierges s'étaient consacrées à l’Époux céleste ; et les jeunes personnes trouvaient dans ces deux épouses du Christ le miroir vivant de toutes les vertus. Il plut à la divine Providence de frapper leur bonne mère d'une maladie mortelle ; bientôt elle fut à toute extrémité. Dès que la bienheureuse en fut instruite, elle accourut au chevet de la malade pour lui prodiguer tous les soins que réclamait sa position et que lui inspirait la plus sainte et la plus ardente amitié. O prodige ! en entrant dans la chambre, elle voit la Reine du ciel, la Mère de Dieu, assise auprès de sa servante, et occupée avec un soin tout maternel à rafraîchir avec un éventail le visage de la moribonde, tout brûlant de fièvre. Qu’elle était heureuse cette âme, d'avoir mérité dans cette lutte suprême d'être consolée et soulagée par celle que la douleur humaine invoque sous le nom de Consolatrice des affligés ! Et cependant une troupe de démons s'efforçaient d'entrer pour livrer à la mourante un dernier et terrible assaut Mais à l’instant même parut l'apôtre saint Pierre, l'étendard de la croix à la main. A cette vue, les démons s'enfuirent précipitamment et comme frappés de la foudre.

Mais là ne se terminèrent point toutes les grâces du ciel. Lorsque la vertueuse dame fut morte, Marie d'Oignies vit pendant la célébration des funérailles, la Reine du ciel accompagnée d'une troupe de vierges divisées en deux chœurs, qui assistaient à la cérémonie, rangées autour de la défunte, et chantant d'une voix harmonieuse les psaumes des morts. Il lui sembla même que le divin Sauveur présidait cette sainte assemblée et faisait lui-même la cérémonie des obsèques. C'est ainsi, dit l'historien, que l’Église triomphante du ciel s'unissait à l’Église militante pour honorer une fidèle servante du Seigneur et de la Vierge divine.

Sans doute, ô lecteur, vous croyez qu'une âme tant favorisée du ciel pendant la vie, et après la mort, favorisée à ce point qu'il n'existe peut-être pas un exemple semblable dans les annales religieuses, fut emportée immédiatement au ciel par les anges ? Hélas ! que les jugements de Dieu sont redoutables dans l'examen des âmes ! et quelle pureté parfaite il faut avoir acquise pour entrer immédiatement dans le royaume des cieux !

La bienheureuse Marie d'Oignies après avoir assisté aux funérailles et à la déposition du corps dans le sépulcre, se retira pour faire oraison, et elle fut ravie en extase. Elle vit l’âme de son amie portée en purgatoire, et plongée dans un abîme de douleurs afin d'y être purifiée de quelques légères imperfections contractées pendant la vie. La sainte épouvantée d'une telle vision courut la raconter aux deux filles de la défunte, et toutes trois s'unirent pour satisfaire à la divine Justice par des prières, des aumônes et diverses austérités. Elles ne cessèrent ces exercices de charité que lorsque cette âme, éclatante de gloire et de splendeurs célestes apparut à Marie d'Oignies. Elle tenait un livre, celui des évangiles, sans doute, pour montrer qu'elle avait été une fidèle disciple de la Sagesse incarnée et qu'elle avait exactement observé ses préceptes et ses conseils.

Puisse le récit de cette histoire nous inspirer une crainte salutaire des jugements de Dieu, de ce Dieu si bon, si miséricordieux pour les âmes pendant la vie, et si sévère après la mort. Puisse-t-elle nous inspirer aussi plus de tendresse et plus de dévotion encore envers l'auguste Mère du Rédempteur, toujours si prompte à secourir ceux qui la servent avec fidélité.