Divers traits de charité.

Entre le P. Jules Mancinelli, de la Compagnie de Jésus, et les âmes du purgatoire, il existait une si étroite union, qu'on ne saurait décider si les visites que faisaient les âmes à ce religieux, surpassaient en nombre les suffrages qu'il offrait pour leur délivrance.

Rien de plus touchant que son aventure avec l'archevêque de Capoue, César Costa, son oncle maternel. Ce prélat, ayant aperçu son neveu exercer une fonction ecclésiastique avec un habit tout usé, et peu propre à le défendre du froid, lui donna de l'argent pour en acheter un autre plus convenable et plus chaud. Le Père acheta un bon manteau et s'en servit pour faire ses visites accoutumées aux pauvres malades de la ville.

Après la mort de l'archevêque, un jour, comme le P. Jules, enveloppé de son manteau neuf, était déjà près de la porte pour sortir, il vit s'avancer le défunt tout environné de flammes, et qui lui dit d'une voix suppliante : « Prêtez-moi votre manteau pour quelques instants ! — Le voilà, lui dit aussitôt Mancinelli. » le prélat s'en enveloppa entièrement, et parut éprouver un rafraîchissement délicieux.

Aussi ne se pressait-il pas de remettre le manteau. Le Père après avoir attendu patiemment, fut obligé de lui dire : «Des affaires qui concernent la gloire de Dieu m'appellent en toute hâte ; je vous prie donc de me rendre ce vêtement ; en échange, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour vous délivrer. »

Cet exemple nous prouve combien la charité est précieuse devant Dieu, puisqu'un manteau donné pour son amour, suffit pour détruire l'activité du feu vengeur.

Une autrefois, c'est le baron de Montfort qui lui apparaît quelque temps après sa mort. Cette âme se recommanda au Père avec une confiance tout intime, comme un ami à son ami ; elle lui adressa les paroles les plus aimables, les plus affectueuses, et lui fit même des caresses pour obtenir une seule messe qui, disait-elle, suffisait pour lui ouvrir les cieux. Le lendemain matin, le religieux s'empressa d'offrir le saint Sacrifice, et l'âme ne revint plus : elle était dans l'éternel repos.

Le P. Jules avait eu pour maître Antoine Ugolino qui fut depuis un prélat distingué de la cour de Grégoire XIII. Après sa mort, il apparut à son ancien disciple, au milieu d'un globe de feu, avec un visage triste et pâle, le corps entouré d'une chaîne de fer. Il le supplia au nom des leçons qu'il lui avait données dans son enfance, d'avoir pitié de son état et d'offrir pour lui le saint sacrifice. Le bon religieux se mit aussitôt en prières, et le jour suivant, de grand matin, il offrit pour cette âme l'Hostie propitiatoire. Après la messe, il vit comme les cieux entrouverts, et l'âme de son maître resplendissante de lumière et couronnée de gloire. Elle venait lui témoigner sa vive reconnaissance pour le zèle qu'il avait apporté à la secourir.

Les sacrifices offerts par le saint religieux avaient une puissante efficacité auprès de Dieu pour la délivrance des âmes : aussi les défunts lui apparaissaient souvent pour obtenir des suffrages ; il les vit même plusieurs fois assister à la messe dans la posture la plus fervente.

Un autre de ses oncles, Camille Costa, homme d'un grand mérite, apparut deux ans après sa mort. On le vit sortir de son sépulcre et s'avancer vers l'autel où le Père célébrait, et là, humblement prosterné, il s'unit au prêtre et demanda une participation aux mérites du sacrifice.

On a voulu perpétuer le souvenir des admirables effets de la charité de Mancinelli dans un tableau que l'on conserve au collège de Macérata, sa patrie. On voit ce Père à l'autel, revêtu des ornements sacerdotaux. Il est un peu élevé au-dessus des marches pour signifier les ravissements que Dieu lui accordait. De sa bouche sortent des étincelles, image de ses ardentes prières et de sa ferveur pendant le saint sacrifice ; au-dessous de l'autel, on aperçoit le purgatoire et les âmes suppliantes qui y reçoivent les suffrages. Au-dessus, deux anges tiennent penchés des vases précieux d'où s'échappe une pluie d'or, symbole des grâces et des délivrances accordées aux âmes souffrantes, en vertu des sacrifices offerts par le saint célébrant.

Puis, sur le manteau dont on a lu l'histoire, on a composé des vers dont voici la traduction :

« O miraculeux manteau donné pour garantir des rigueurs de l'hiver, et ensuite rendu un moment pour tempérer l'ardeur des flammes ! Ainsi la charité devient feu ou glace suivant les maux qu'elle doit guérir. »