Les enfants même ne sont pas exempts des peines du purgatoire.

Il ne faudrait pas croire que tous les enfants qui meurent, vont immédiatement au ciel. Il en est dont la raison est développée de très-bonne heure, qui, à l'âge de quatre ou cinq ans, discernent déjà le bien d'avec le mal ; ceux-ci lorsqu'ils sont frappés par la mort, entrent nécessairement en compte avec le Souverain Juge ; et si depuis leur baptême, ils se sont rendus coupables de quelques péchés, il faut qu'ils les expient, et leur peine est proportionnée au degré de malice qui les a fait agir.

Prier pour les enfants défunts est donc une sainte et salutaire pensée. Un grand nombre d'exemples prouvent cette vérité ; en voici un fourni par l'illustre martyre sainte Perpétue, dont saint Augustin lui-même rend un si magnifique témoignage.

Cette femme magnanime venait d'être reconduite en prison, et condamnée avec plusieurs autres chrétiens, à mourir dans l'amphithéâtre sous la dent des bêtes féroces. Tandis qu'elle se préparait à ce suprême et dernier combat, elle se sentit inspirée de prier pour son frère Dénocrate, mort à sept ans d'un cancer au visage. La nuit suivante, elle fut ravie en esprit, et il lui fut montré une région désolée où régnaient de profondes ténèbres. Là, gémissaient un grand nombre d'exilés. Tout-à-coup, un jeune enfant parut se détacher du triste groupe. Perpétue reconnut Dénocrate. Il était triste, abattu, et l'horrible ulcère couvrait encore son visage. Elle eût voulu le rejoindre ; mais une distance qu'elle ne pouvait franchir, les séparait. Néanmoins il était sorti de ce lieu de ténèbres, et elle le vit s’arrêter près d'une fontaine dont les bords étaient très-élevés. Cet enfant, que dévorait une soif ardente, faisait des efforts inouïs pour atteindre cette fontaine remplie d'une eau fraîche et limpide. Mais ses tentatives étaient inutiles, et le petit malheureux retombait épuisé de lassitude et de souffrance ; puis il se relevait pour endurer encore le même supplice.

Cette vision émut profondément la sainte martyre ; sans cesse, elle priait pour son frère et ne pouvait s'empêcher de verser des larmes en songeant à sa triste situation. Quelques jours après, elle le revit, mais revêtu d'une riche tunique, et la plaie de son visage entièrement cicatrisée. Il se trouvait encore auprès de la même source. Sur le rebord de la fontaine, abaissée cette fois à la portée de l'enfant, on voyait une petite urne d'or dont il se servait pour puiser de l’eau et étancher sa soif. Lorsqu'il se fut désaltéré. Une sérénité céleste brilla sur son visage ; puis, la Sainte Martyre le vit s'éloigner de ce lieu d'épreuve et se livrer à tous les transports d'une joie enfantine. Cette dernière vision indiquait que la jeune âme venait de quitter le purgatoire, pour entrer dans les contemplations et les ravissements du ciel.