Les défunts demandent aux vivants des suffrages pour apaiser la justice de Dieu.

Un saint interprète assure que les âmes du purgatoire subissent dans leur expiation, un traitement semblable à celui qu'endura le saint homme Job ; des plaies affreuses recouvraient tout son corps, de telle sorte, qu'il n'avait plus l'usage de ses membres ; ses lèvres seules lui furent laissées pour pouvoir implorer la miséricorde d'autrui : «Ayez pitié de moi vous du moins qui fûtes mes amis ! »

Telle est à peu près la situation de ces âmes bénies : en proie aux plus amères souffrances, elles se voient dans l'impossibilité de se procurer par elles-mêmes le moindre soulagement ; tout ce qu'elles peuvent faire, c'est d'implorer la pitié des vivants, au moyen d'apparitions, surtout aux personnes consacrées à Dieu, ainsi que nous l'avons lu dans les histoires précédentes.

Sur les confins du pays de Worms, pendant plusieurs nuits, on vit des légions de cavaliers et de fantassins sortir d'un antre profond et se répandre dans la campagne comme pour une bataille.

C'était ordinairement après l'heure de minuit que commençaient ces apparitions ; mais lorsque le jour approchait toute cette multitude se retirait dans la cavité de la montagne pour en sortir de nouveau la nuit suivante. Non loin de là, était le monastère de Limbourg dont le repos était troublé par ces bruits mystérieux. C'est pourquoi un saint religieux résolut avec plusieurs de ses confrères d'aller, au milieu de la nuit, à la rencontre de ces soldats étranges.

Après avoir imploré la protection du ciel, ils se rendirent au pied du mont, à l'entrée de la caverne. C’était l'heure où les nocturnes combattants sortaient en foule de la montagne. Dès qu'ils apparurent, le religieux le plus résolu s'arma du signe de la croix, s'avança vers eux et leur dit : « Je vous adjure, au nom de la Très-Sainte Trinité, de nous dire qui vous êtes, et dans quel but vous vous livrez à des excursions guerrières qui viennent troubler le silence de la nuit. « L'un de ces guerriers répondit : « Nous sommes les âmes d'une quantité de soldats morts en ce lieu en combattant sous les enseignes de nos souverains. Nos corps sont enterrés ici et nos âmes y font leur purgatoire. Ces habits, ces armes et ces chevaux qui furent pour nous des occasions de fautes, sont maintenant les signes de nos peines. Tout ce que vous voyez autour de nous, n'est que du feu, mais ce feu est invisible à vos regards. »

Le religieux s'armant d'un nouveau courage, ajouta encore : «Ne pourriez-vous pas, ô défunts, être secourus par nos suffrages ? »— « Oui, répondit le spectre, et c'est pour implorer votre secours que nous apparaissons. Ah ! ayez pitié de nous ! procurez-nous rafraîchissement, lumière et délivrance par vos oraisons, vos pénitences et surtout par l'oblation du sang du Rédempteur. Religieux compatissants, hâtez-vous de nous secourir ; hélas ! nous ne pouvons rien pour nous-mêmes ! »

Puis, toute cette multitude s'écria par trois fois d'une voix lamentable : « Priez pour nous. » Après ces paroles, les religieux ne virent plus qu'un immense globe de feu qui disparut dans la caverne, et toute la montagne brilla d'une vive clarté. Les religieux, saisis de crainte, se retirèrent dans leur cloître, et s'appliquèrent aussitôt à la délivrance de ces âmes. Dès lors ces bruits de guerre ne se firent plus entendre, et tout devint comme auparavant silence et repos.

A ce prodigieux événement, nous en ajouterons un autre non moins admirable, dont fut témoin un religieux qui avait pour habitude de ne jamais passer devant un cimetière sans faire une courte prière pour ceux qui y reposaient. Un jour, cependant, qu'il était absorbé par quelque autre pensée, il passa devant ce champ du repos sans s'acquitter de sa charitable pratique, tout-à-coup, il vit plusieurs morts sortir de leurs tombes et s'avancer vers lui en prononçant distinctement ces paroles du psaume 128 : « Et ceux qui passaient n'ont point dit : Que la bénédiction de Dieu soit sur vous. » Profondément ému par cette scène lugubre qui lui reprochait son oubli, il répondit aussitôt : « Nous vous bénissons au nom du Seigneur. » A ces paroles, les âmes soulagées et rafraîchies comme si elles avaient reçu la bénédiction de Dieu, se retirèrent l'une après l'autre dans leurs sépulcres, et le bon religieux n'oublia jamais plus sa pieuse pratique si utile au soulagement des défunts.