Peu de chose suffit quelquefois pour délivrer une âme du purgatoire.

Les âmes souffrantes ne demandent pas toujours de nous des aumônes considérables, des jeûnes rigoureux, de dures pénitences ; souvent elles se contenteraient de quelques œuvres faciles, de quelques courtes prières. Et cependant, combien est-il de chrétiens qui les leur refusent ? Ce manque de charité les afflige, et dans leurs tristes plaintes, elles peuvent s'écrier avec le poète : « Ma douleur est d'autant plus grande que ce n'est point la mer qui nous sépare, mais un peu d'eau... »

En effet, il est des âmes, qu'un léger suffrage d'aumône ou de prières délivrerait, et à cause de notre coupable oubli, elles languissent exilées loin de la gloire bienheureuse.

Les traits suivants nous démontreront combien il est facile quelquefois de soulager ou de délivrer une âme du purgatoire.

Un saint évêque vit en songe un enfant, lequel, avec un hameçon d'or et un fil d'argent, tirait d'un puits profond une femme qui s'y noyait. A son réveil, il aperçut de sa fenêtre, ce même enfant, agenouillé sur une tombe du cimetière. Il l'appelle et lui demande ce qu'il fait : «Je récite, dit-il. un Pater et un Miserere pour l'âme de ma mère dont le corps repose en ce lieu. » Cette réponse fit comprendre clairement à l’évêque que l'âme de cette femme venait d'être délivrée par la petite prière de son fils ; que l'hameçon d'or était le Pater, et le fil d'argent, le Miserere.

Nous lisons dans les chroniques des Frères-Mineurs, deux exemples encore plus frappants de l'efficacité des petites prières. Le Père Conrad d'Offida, religieux de l'Ordre séraphique, grand serviteur de Dieu, était resté une nuit à faire oraison, devant un autel privilégié. Un frère du couvent, mort depuis peu, lui apparut. Le défunt supplia ce Père, autrefois son guide et son conseil pendant la vie, de ne pas l'oublier, et de le délivrer des supplices qu'il endurait : « Vous savez bien, ajoutait-il, que le Seigneur a pour agréable vos prières et qu'il les exauce. » Aussitôt Conrad se mit à réciter le Pater et le Requiem œternam. Le frère lui dit : « 0 mon Père, si vous saviez quel soulagement me procure cette courte prière, vous la répéteriez encore. » Le religieux s'empressa d'exaucer son désir. — « Ah ! continuez, mon père, au nom des entrailles de Jésus-Christ, continuez, de réciter cette douce prière qui change mes douleurs en consolations ! » Alors sans attendre de nouvelles instances, le bon religieux se mit à réciter cent fois le Pater et le Requiem. En même temps il voyait le visage du défunt passer de la tristesse à la joie, de la pâleur à la lumière, et son manteau de bure se changer en un vêtement d'une éclatante blancheur. Comme il finissait le centième Pater, cette âme devint éblouissante de splendeur et de gloire. Elle rendit mille actions de grâces à son bienfaiteur qui, eu un si court espace de temps, l'avait délivrée de toutes ses peines. Puis elle s'éleva radieuse vers l'éternel séjour.

Les prières du bienheureux Étienne, religieux du même Ordre, obtenaient les mêmes faveurs pour les âmes du purgatoire. Le saint avait l'habitude de passer la nuit auprès du Saint-Sacrement ; et de se mêler au cortège des adorateurs du Roi de gloire, caché sous les voiles eucharistiques. Une fois, il aperçut un de ses frères assis dans une des stalles du chœur, le capuchon baissé jusque sur les jeux. Étonné de le voir dans cette posture, et au milieu de la nuit, il lui demanda ce qu'il faisait là, à cette heure. Le moine répondit d'une voix lugubre : « Je suis un religieux défunt, condamné par la Justice divine à endurer ici un rigoureux purgatoire, à cause des fautes nombreuses que j'y ai commises par mes distractions volontaires pendant le chant de l'office. Le Seigneur m'a permis de me manifester à vous, afin de vous conjurer de m'aider par vos prières, à sortir de ces affreux tourments et à entrer dans la liberté des enfants de Dieu. »

Sans délai, le bienheureux Étienne récite à l'intention de cette âme le De profundis et l'oraison Fidelium. Le défunt en fut singulièrement soulagé, et pendant plusieurs nuits, il revint exciter sa charité, le remerciant chaque fois avec effusion. Une nuit après la récitation du Requiem œternam, il sortit de sa stalle comme d'une prison, et le visage découvert, il s'élança vers l'immensité du céleste royaume.

Le bienheureux Étienne racontait cette apparition pour exhorter ses religieux à une grande modestie et à une attention soutenue dans les prières et dans le chant des louanges divines, afin de ne pas mériter ce reproche du Seigneur : « Vous m'honorez des lèvres et votre cœur est loin de moi. » ( Isaïe XXIX, 13. )