Œuvres d'insignes charité envers les âmes du purgatoire.

La véritable charité est tout esprit, tout industrie, pour trouver les moyens de subvenir à l'indigence du prochain, spécialement à celle des âmes souffrantes.

Nous en voyons un bel exemple dans la grande servante de Dieu, sœur Marie Villani, de l'ordre de Saint-Dominique. Elle s'étudiait nuit et jour à inventer des œuvres satisfactoires pour le soulagement des défunts. Dans cette intention, une veille d’Épiphanie, elle s'était adonnée à de plus grandes oraisons, et avait offert à Dieu les cruels tourments de la passion du Sauveur, méditant sur chaque détail, chaque douleur, chaque instrument. La nuit suivante. Jésus lui fit connaître combien cette méditation lui avait été agréable.

Pendant son oraison, elle tomba en extase et vit une longue procession de personnes vêtues de manteaux splendides, d'une éclatante blancheur, chacune portait un insigne de la passion : celle-ci, les cordes ; celle-là, les fouets ; une troisième, la colonne : d'autres enfin les épines, la croix, les clous, la lance. Une vierge portant une palme, précédait le cortège.

On s'arrêta devant un autel magnifique. Là, toutes déposèrent leurs emblèmes de douleur, et reçurent en échange, des mains d'un roi, une riche couronne d'or, et chaque personne venait, rayonnante de joie, remercier la vierge qui les avait accompagnées. Cette vision lui fut expliquée. Ces personnages mystérieux étaient les âmes du purgatoire ; les signes sacrés qu'elles portaient, signifiaient qu'elles avaient été délivrées de leurs peines par les mérites de la divine Passion ; cette vierge qui les précédait, tenant une palme à la main, c'était Marie Villani elle-même dont les suffrages avaient procuré aux âmes souffrantes leur délivrance et la couronne de gloire.

Le jour de la fête des morts, on lui ordonna de continuer la composition d'un ouvrage qu'elle avait entrepris sous le titre De tribus divinis flammis ; elle s'en excusa parce qu'elle désirait passer tout ce jour en oraisons, pénitences et autres bonnes œuvres pour le soulagement des âmes du purgatoire. Mais le Sauveur lui apparut et lui ordonna d'écrire, et pour l'encourager, il lui promit de délivrer autant d'âmes qu'elle écrirait de lignes dans le courant du jour. La charitable religieuse, enchantée de cette libérale promesse, se mit au travail, avec une admirable ardeur.

Le démon, jaloux du bonheur qu'elle procurait aux âmes, mit tout en œuvre pour interrompre son travail ; il alla même jusqu'à se transformer en oiseau noir et difforme, essayant de la fatiguer par un vol continuel : tantôt il s'efforçait de la frapper avec ses ailes, tantôt il se lançait sur son visage. Mais la sainte religieuse connaissant que c'était l'esprit malin, s'en moqua, et écrivit encore avec plus de vitesse, tellement, qu'à la fin de la journée, son ouvrage était terminé. Mais pendant quatre jours elle fut prise de douleurs violentes, et ne put pas même remuer un seul doigt de la main : on aurait dit qu'une partie des tourments dont elle avait délivré les âmes, lui avait été réservée pour satisfaire à la divine Justice.

Sa grande charité ne connaissait pas de bornes, aussi passa-t-elle outre, au point de vouloir assumer sur elle-même les tourments des âmes dont elle demandait la délivrance. En voici un exemple.

Un jour qu'elle priait dans la même intention, elle fut ravie en esprit et conduite au purgatoire. Parmi la triste multitude qui peuplait ce lieu, elle aperçut une âme plus tourmentée que les autres ; des flammes horribles l'enveloppaient des pieds à la tête. La servante de Dieu lui demanda pourquoi elle était ainsi punie, et si jamais elle n'éprouvait de soulagement : « Je suis ici depuis longtemps, répondit cette infortunée, j'endure des peines atroces pour mes vanités et mes parures immodestes ! et jusqu'à cette heure, je n'ai pas obtenu le moindre rafraîchissement ; le juste Juge a permis que je fusse oubliée de mes parents, de mes enfants et de mes amis. Ils ne font jamais pour moi la moindre prière. Quand j'étais sur la terre j'étais tout adonnée aux pompes et aux vanités du siècle, et dans l'entraînement des plaisirs et des fêtes, j'oubliais pour ainsi dire Dieu et mon âme ; à peine trouvais-je le temps de faire de loin en loin quelque acte de dévotion ; mais en revanche je songeais à accroître mes richesses, hélas ! pour des ingrats ! »

A ce récit, le cœur de la sainte fut vivement ému ; elle pria cette âme de lui faire connaître quelque chose de ce qu'elle endurait. Alors, l'âme s'approche, et, de l'extrémité du doigt, lui touche légèrement le front. Ce contact fit éprouver à Marie Villani une douleur de brûlure si violente, qu'à l'instant même, elle sortit de son extase. Pendant deux mois elle conserva au front une plaie extrêmement douloureuse ; et avec cela, notre sainte offrait encore d'autres pénitences pour délivrer cette âme malheureuse. Enfin, elle lui apparut en songe pour lui annoncer qu'elle s'envolait aux joies du paradis. Dès ce moment cette charitable vierge ne ressentit plus aucune souffrance, et la trace de feu avait disparu de son visage, au grand étonnement des religieuses qui n'avaient nulle connaissance du dernier trait que nous venons de rapporter.