Dieu rend au centuple l'aumône faite en faveur des morts.

Il n'est pas donné à tous d'imiter la magnifique générosité de Judas Machabée qui envoya à Jérusalem douze mille drachmes d'argent pour être offertes en faveur des morts. Mais quel est celui, si pauvre qu'il soit, qui ne peut pas donner les deux oboles de la veuve de l'évangile. laquelle mérita d'être louée par le Sauveur du monde. Cette aumône d'une si petite valeur matérielle fut incomparablement plus agréable à Dieu que les sommes d'or ou d'argent que venaient d'offrir les riches : car ceux-ci avaient donné de leur superflu, tandis que cette pauvre et généreuse femme avait offert tout ce qu'elle possédait.

Cet admirable exemple fut suivi par une femme napolitaine qui pouvait à peine subvenir aux nécessités de sa misérable famille. Son unique ressource consistait dans le modique salaire que lui apportait son mari, pauvre journalier. Mais cet état de misère devint plus grand encore ; à tel point, que le malheureux père de famille fut mis en prison pour dettes. Toute la charge restait donc à cette mère désolée qui n'avait hélas ! d'autres ressources que le travail de ses mains et sa confiance en Dieu ; elle conjurait la divine Providence de ne pas l'abandonner dans sa détresse : «Seigneur, disait-elle, délivrez mon pauvre mari, car moi-même jamais je ne pourrai venir à bout de payer les dettes qui le retiennent prisonnier.»

Un jour, on lui apprit qu'il y avait dans la ville un seigneur très-charitable qui employait sa fortune à secourir les pauvres. Aussitôt cette digne femme ranimant son courage, lui adresse une humble supplique où sa misère était peinte dans les termes les plus attendrissants. Elle espérait que ce seigneur lui enverrait la somme nécessaire pour délivrer son mari. Mais hélas ! elle ne reçut de ce riche si vanté pour sa charité, qu'un carlin ( monnaie italienne de la valeur de quarante centimes )

Déçue dans son espérance, l'infortunée accablée de tristesse, entra dans une église pour supplier le Dieu qui se glorifie d'être le Père des pauvres, de vouloir bien la secourir. Pendant qu'elle répandait devant le Seigneur ses prières et ses larmes, il lui vint l'heureuse inspiration ( celle de son bon ange sans doute ) d'intéresser à son sort les âmes du purgatoire ; se souvenant combien ces pauvres captives sont reconnaissantes envers ceux qui les soulagent ou les délivrent. Encouragée par cette pensée, elle va offrir à un prêtre sa petite pièce de monnaie en le suppliant d'avoir la charité de dire une messe des morts. Le prêtre accueillit sa demande, et cette pauvre femme assista au saint sacrifice avec une grande dévotion, puis sortit de l'église le cœur bien affligé, cependant avec une secrète espérance d'être secourue.

Comme elle regagnait sa demeure, elle vit venir à elle un vénérable vieillard ; il lui demanda la cause de la profonde tristesse qui paraissait empreinte sur son visage. Alors elle lui raconta d'une manière touchante sa pénible situation. Le bon vieillard après l'avoir écoutée avec attendrissement, lui remit un billet avec ordre de le porter de sa part à une personne qu'il lui désigna ; puis il prit congé d'elle sans ajouter une seule parole.

La digne femme se rend en toute hâte chez le personnage désigné et lui fait la commission elle-même. Celui-ci ouvre le billet et parait frappé de stupeur : il avait reconnu l'écriture de son père, mort depuis quelque temps — « Qui vous a remis cette lettre ? s'écria-t-il» — « Un vénérable vieillard plein de bonté et de compassion. » Et elle se mit à lui dépeindre ses traits. Lorsque par hasard, levant les yeux sur un tableau qui était en face d'elle : « Ah ! s'écria-telle, le voilà ! » C'était le portrait du père du chevalier. Celui-ci, hors de lui-même, reprend le billet et le lit tout haut : «Mon fils, votre père a quitté le purgatoire, déjà il jouit de la gloire du ciel, grâce à une messe que cette pieuse femme qui vous a remis cette écriture, a fait célébrer ce matin. Aussi je la recommande instamment à votre gratitude, car elle se trouve dans une grande nécessité. » Le chevalier lut et relut plusieurs fois ces caractères tracés par une main chérie, et il versait de douces larmes en songeant que son père était sauvé. Enfin, se tournant vers la timide messagère qui gardait le silence, tout interdite : «Pauvre femme, lui dit-il, votre petite aumône a assuré pour jamais le bonheur de mon père, et moi, à mon tour, je veux assurer le vôtre. A partir de ce moment, je me charge de vous et de votre famille, et jamais plus rien ne vous manquera. » Inutile de vous dire de quelle reconnaissance et de quelle joie cette pieuse mère et sa famille furent pénétrées. Cette histoire nous montre combien les âmes du purgatoire sont reconnaissantes.

Cette pauvre femme, ouvre le ciel à une âme en appliquant au purgatoire le denier qu'elle possédait, et cette âme, en échange, délivre son mari et met toute la famille pour jamais à l'abri de la misère.

Puisse cette touchante histoire ranimer notre dévotion envers les âmes souffrantes ; offrons pour elles beaucoup de bonnes œuvres avec la ferme confiance d'être libéralement récompensés. C'est ce que nous enseigne le vénérable cardinal Hugues : « Si vous portez secours à ces âmes du purgatoire qui n'ont point de rafraîchissement, de paix, ni de lumière, Dieu vous comblera dans le présent et dans l'avenir de ses plus abondantes bénédictions. »