Une âme du purgatoire rappelée sur la terre pour faire pénitence

Oh ! que ne donneraient pas les âmes du purgatoire pour ressaisir quelques instants de cette vie, dont nous dépensons les heures et les jours dans des occupations inutiles, et dans les vanités terrestres ! Quelles pénitences, quels travaux, ne s'imposeraient-elles pas volontiers pour adoucir, seulement quelques minutes, ces indicibles tortures !

Citons à ce sujet l'exemple plus admirable qu'imitable, donné par la vénérable vierge Angèle Tholoméi, dominicaine.

Élevée, dès la plus tendre enfance, dans la pratique de toutes les vertus, elle avait déjà acquis une rare perfection, quand elle tomba dangereusement malade. Voyant que tout secours humain devenait inutile, elle eut recours à son bienheureux frère J.-B. Tholoméi. Celui-ci adressa au ciel de ferventes prières pour obtenir la guérison de sa sœur ; mais Dieu restait inexorable, parce qu'il avait des vues toutes providentielles sur sa servante. On peut dire ici, comme saint Augustin au sujet de Lazare : « Il tarde à guérir le malade afin de ressusciter le mort

Angèle était près de rendre le dernier soupir lorsque, tout-à-coup, elle fut ravie hors d'elle-même par une étrange vision. Il lui sembla qu'elle était transportée dans un lieu immense, où étaient représentées les peines du purgatoire. C'étaient des tourments de toutes sortes : ici, des âmes étaient la proie des flammes dévorantes ; là, d'autres étaient plongées dans des étangs de glace, dans du soufre bouillant, ou bien déchirées avec des pointes de fer rougies au feu, ou elles étaient rongées par la dent venimeuse des bêtes féroces.

Elle vit encore une infinité de supplices, et il lui fut montré en quel lieu son âme, qui allait bientôt sortir de son corps, devait se rendre pour l'expiation de certains défauts qu'elle n'avait pas assez combattus pendant sa vie. Les peines qui lui étaient réservées lui parurent si horribles que, lorsqu'elle recouvra sa connaissance, elle frémit de tous ses membres. Elle raconta cette vision à son saint frère, le suppliant d'obtenir par ses prières assez de vie pour se purifier de ses fautes, et éviter les tourments si cruels du purgatoire.

Dieu sembla n'avoir tenu aucun compte des ardentes prières du frère et de la sœur, car Angèle mourut. Mais pendant qu'on portait son corps en terre, le bienheureux Jean-Baptiste, inspiré de Dieu, commanda à sa sœur, au nom de Jésus-Christ, de se lever de son cercueil et de reprendre place parmi les vivants. O prodige admirable ! à l'instant, le cadavre s'agite, lève la tête ; Angèle est ressuscitée !

Elle savait pour quelle fin Dieu lui accordait la vie, aussi commença-t-elle de suite à faire pénitence ; mais les austérités ordinaires telles que cilice, discipline, jeûne, veille, ne lui paraissaient que des futilités en comparaison des tourments dont elle avait été témoin. Elle purifiait ses fautes avec l'eau et le feu : au milieu de l'hiver elle se plongeait dans un étang glacé, quelquefois elle se mettait dans les flammes et restait assez de temps pour endurer les plus cuisantes douleurs ; ou bien elle se roulait sur les épines jusqu'à ce qu'elle fût tout en sang. Enfin, elle ne cessait de rechercher les moyens de se tourmenter, malgré les afflictions de l'âme et les infirmités du corps que Dieu lui envoyait pour éprouver sa constance.

Angèle était devenue un objet, je ne dis pas d'admiration, mais d'épouvante pour les témoins de son martyre ; plus d'une fois, on lui reprocha d'être trop cruelle, trop barbare pour elle«même. « Ah ! répondait-elle, qu'est-ce que tout cela, comparé aux supplices que je devais souffrir dans l'autre vie pour l'expiation de mes fautes, si la divine Miséricorde n'avait pas accepté en échange ces légères souffrances.»

A la stupéfaction universelle, elle continua ce rigoureux genre de vie jusqu'au moment où, semblable à l'or purifié par le feu du creuset, elle fut de nouveau appelée par le souverain Maître au séjour du céleste repos où elle s'envola, ( comme on peut le penser ) sans passer par les flammes du purgatoire.

Qui ne tremblera au récit des châtiments de l'autre vie ! Si sœur Angèle, cette religieuse d'une si grande vertu, devait endurer d'aussi cruels supplices pour effacer des fautes commises dans la voie de la perfection, quels seront donc ceux réservés aux pécheurs qui, bien que confessés et absous, n'auront pas fait pénitence pour satisfaire à la Justice divine !