Admirable reconnaissance d'une âme du purgatoire.

Plusieurs historiens ont rapporté l'assistance merveilleuse dont les saintes âmes du purgatoire favorisèrent Christophe Sandoval, archevêque de Séville. Quand il n'était encore qu'un enfant, il distribuait aux pauvres une partie de l'argent destiné à ses menus plaisirs ; parvenu à l'adolescence, il s'appliqua aussi au soulagement des défunts, et donnait pour eux ce dont il pouvait disposer, même jusqu'à se réduire à la nécessité.

Lorsqu'il était étudiant à l'université de Louvain, il arriva un jour que les lettres de change qu'il attendait d'Espagne, ayant tardé, il se trouva réduit à une telle extrémité, qu'il ne lui restait pas même de quoi prendre un repas. L'heure du dîner était passée depuis longtemps, et Sandoval était à jeun. Par surcroît, un pauvre vint lui demander l'aumône pour l'amour des âmes du purgatoire ; refuser la charité, surtout lorsqu'il s'agissait des défunts, c'était pour lui une peine bien amère. Aussi pour consoler sa tristesse, il entra dans une église, et tout exténué qu'il était, il se mit à prier pour les âmes, ne pouvant pas autrement les secourir.

Il n'avait pas fini sa prière, qu'il vit venir à lui un beau jeune homme, en habit de voyage, qui lui fit un salut gracieux et plein de respect. Christophe, à cette vue, resta tout interdit, un frisson indéfinissable parcourut tous ses membres ; cependant il se rassura, quand l'étranger, d'une voix pleine de douceur, lui donna des nouvelles du marquis de Dania son père, ainsi que de ses parents et de ses amis, absolument, comme s'il arrivait à l'heure même de l'Espagne. Notre étudiant était enchanté de cette rencontre ; mais il le fut bien davantage lorsqu'il entendit l'étranger, le prier très-gracieusement de venir dîner avec lui à son hôtel : pour un estomac vide l'occasion était belle, aussi Christophe ne se fit pas renouveler l'invitation, et voilà nos deux jeunes gens à table avec le meilleur appétit du monde, causant avec une familiarité charmante, comme s'ils s'étaient toujours connus.

A la fin du souper, le jeune étranger mit dans la main de l'étudiant une grosse pile d'écus avec la liberté d'en disposer à son gré, ajoutant qu'il se fera rembourser cette somme quand il voudra, par le marquis de Dania. Puis prétextant quelques affaires, il prit congé du jeune homme.

Quelques recherches que fit Sandoval, soit à Louvain, soit dans sa patrie, il n'eût jamais aucun indice de cet inconnu ; jamais l'argent ne fut réclamé à la famille. et chose singulière, cette somme suffit à ses dépenses jusqu'au jour où lui arriva d'Espagne, l'argent qu'il attendait. Aussi demeura-t-il persuadé que c'était une âme du purgatoire qui, sous l'apparence d'un étranger, était venue le secourir en reconnaissance de ses suffrages.

Lorsque Sandoval se rendit à Rome, lors de sa promotion à l'épiscopat, il raconta en secret à Clément VIII, ce miraculeux et providentiel événement : le Souverain Pontife lui ordonna de le publier afin d'exciter les fidèles à secourir les défunts. Christophe, quoique très-humble, y consentit dans l'intérêt des âmes du purgatoire. Il s'efforça de répandre cette dévotion non seulement jusqu'aux confins de son diocèse, mais encore dans toute l'Espagne. Pour ces pauvres exilées que leurs dettes retiennent captives loin de la sainte patrie, Christophe Sandoval fut animé jusqu'à sa dernière heure de la plus tendre compassion et du zèle le plus infatigable.

De là, on peut conclure avec certitude que, dans le cours de sa longue existence, ce saint archevêque a envoyé au ciel un grand nombre d'âmes, et qu'il s'est acquis lui-même une belle couronne.