Zèle ardent pour la délivrance des âmes du purgatoire.

L’Église loue avec raison le zèle dont fut embrasé saint Louis Bertrand pour la conversion des pécheurs, zèle qui lui inspira mille ingénieuses industries et qui lui fit plusieurs fois mépriser la mort ; sa tendre charité envers les âmes du purgatoire ne mérite pas moins notre admiration.

Étant maître des novices, il exigeait d'eux la plus parfaite observance des règles et en punissait sévèrement la moindre transgression. Le vendredi, après matines, il tenait le chapitre appelé de la coulpe, si redoutable au démon parce que les religieux y obtiennent le pardon de leurs fautes. Là, le saint punissait avec rigueur tout manquement, disant que la vraie charité l'engageait à préserver ses disciples des cruels supplices de l'autre vie, en leur imposant les pénitences si légères de ce monde. Cependant, quelque sévère qu'il fût vis-à-vis de ses frères, il réservait pour lui-même les plus grandes austérités, et le chapitre fini il se retirait dans sa cellule où par de sanglantes disciplines, il achevait d'expier les fautes de ses novices.

Les suffrages que Bertrand offrait pour les âmes du purgatoire étaient nombreux et efficaces ; aussi plusieurs fois, des âmes lui apparurent, soit pour lui demander des prières, soit pour le remercier de leur délivrance, et de même que le saint éprouvait une grande consolation en voyant ces âmes sortir de leur prison, de même sa douleur était extrême lorsqu'elles continuaient à souffrir. Il était prieur du couvent de Valence en Espagne quand la mort vint frapper inopinément un religieux de cette maison, le Père Pierre Glioret. Louis en fut d'autant plus affligé qu'il craignait que ce religieux, n'étant pas muni des derniers sacrements et n'ayant pas reçu les indulgences qu'on applique aux moribonds, n'eût à subir un long et cruel purgatoire. Pendant un mois entier, il livra son corps à des macérations extraordinaires, et sur son visage exténué par la pénitence, était peinte la plus profonde tristesse ; mais un matin il parut au chœur le front serein et la joie resplendissait sur toute sa personne. Ses frères étonnés lui en demandèrent la raison. « Ma douleur, répondit-il, occasionnée par la mort prompte du père Glioret, s'est changée en consolation à cause du bonheur dont il jouit. » Il n'en dit pas davantage, mais un de ses confidents l'ayant prié de lui parler plus ouvertement, le saint lui avoua que Dieu l'avait d'abord rendu témoin des peines que cette âme souffrait dans le purgatoire, et qu'ensuite il lui avait révélé la gloire dont elle jouissait dans le ciel. Bertrand accompagna son récit de bénédictions et d’actions de grâces envers la Bonté divine qui avait accepté les suffrages que pendant un mois entier, il avait offert pour la délivrance de ce religieux.

Si les prières de Louis étaient assez efficaces pour obtenir de telles grâces, quelle puissance ne devait pas avoir la Victime sainte offerte par lui en faveur des âmes du purgatoire ? C'était principalement au jour de la commémoraison des fidèles défunts, que ces âmes bénies en éprouvaient les heureux fruits, car ce jour-là, en Espagne, il était permis à tout prêtre de monter trois fois au saint autel. Aussi accouraient-elles vers lui, pour le supplier de dire la messe pour leur délivrance.

Une nuit, après Matines, étant resté au chœur pour faire monter vers Dieu de ferventes prières, l'âme d'un de ses religieux lui apparut tout environnée de flammes. Elle se prosterna à ses pieds et lui demanda humblement pardon d'une parole injurieuse qu'elle lui avait dite depuis longtemps, assurant le saint que c'était la cause principale de son exil. Puis elle le pria de célébrer pour elle une messe de Requiem qui devait suffire pour sa délivrance. Bertrand lui pardonna de grand cœur cette injure dont il n'avait pas même gardé le souvenir ; et le matin, vers l'aube du jour, il offrit avec beaucoup de ferveur l'Hostie propitiatoire pour le soulagement de cette chère âme. La nuit suivante, elle lui apparut de nouveau mais resplendissante de gloire, et après lui avoir rendu grâces, elle s'envola vers les demeures éternelles.