Actions de grâces des âmes du purgatoire, envers leurs libérateurs.

Les âmes du purgatoire ont emprunté au psalmiste ces paroles d'actions de grâces pour remercier le glorieux confesseur du Christ, saint Nicolas de Tolentin de leur avoir ouvert le Ciel.

Une des plus grandes vertus de cet illustre serviteur de Dieu était sa charité pour l’Église souffrante : pour elle, il jeûnait souvent au pain et à l'eau, prenait de sanglantes disciplines, et se ceignait étroitement les reins d'une chaîne de fer.

Lorsque l'obéissance l'eut forcé à recevoir les saints ordres, il offrait fréquemment la Victime sainte pour le soulagement des pauvres âmes. Aussi, lui apparurent-elles souvent pour le supplier de leur continuer les saintes aumônes.

Il habitait l'ermitage de Vallimanésé, près de Pise, tout appliqué à ses exercices spirituels, lorsque dans la nuit d'un samedi, s'étant retiré pour prendre un peu de repos, il vit en songe une personne triste, qui, d'une voix attendrissante, le supplia d'offrir le saint sacrifice dans la matinée suivante, pour elle et pour d'autres âmes qui souffraient d'horribles tourments dans le purgatoire. Nicolas croyait reconnaître cette voix, mais les traits du visage ne lui rappelaient aucun souvenir. « Qui êtes-vous ? dit-il.—Je suis, répondit cette âme, votre ami, votre frère Pellégrino d'Osima, j'ai échappé, grâce à la miséricorde divine, aux peines éternelles dues à mes fautes, mais je suis au purgatoire, plongé dans des flammes ardentes. Je viens, au nom de beaucoup d'âmes qui souffrent comme moi, vous supplier de dire demain pour nous une messe de Requiem ; nous en espérons notre délivrance, ou du moins le plus grand soulagement.» Le saint lui répondit avec une tendre charité : «Que le Sauveur daigne vous secourir toutes par les mérites de son sang, au prix duquel il vous a rachetées ; mais je ne puis dire demain la messe de Requiem : c'est moi qui dois chanter au chœur la messe conventuelle, puis le dimanche, il ne nous est pas permis de dire une messe de mort.» A ces paroles, l'âme pousse un profond soupir et dit en gémissant : «De grâce ! venez avec moi, je vous en conjure pour l'amour de Dieu ; venez contempler nos supplices, et j'espère que vous ne nous abandonnerez pas : vous êtes trop bon pour ne pas vous rendre à nos justes prières. » A l'instant, il lui sembla qu'il était transporté dans une immense plaine du côté de Pise, là il aperçut une grande multitude d'âmes de tout âge, de toute condition, livrées à des tortures diverses et effroyables. Du geste, de la voix, elles demandaient le saint sacrifice. « Voilà, lui dit le frère Pellégrino, le malheureux état des âmes qui m'ont député pour implorer votre pitié. Nous avons la confiance que vos sacrifices agiront si puissamment sur le cœur de Dieu, qu'il nous accordera notre délivrance. »

Le serviteur de Dieu, à la vue d'un spectacle si déchirant, se sentit ému jusqu'au fond des entrailles. Se jetant aussitôt à genoux, il pria avec une grande ferveur pour tant d'infortunées. Il eût voulu répandre un océan de larmes pour éteindre ce feu expiatoire. A l'aube du jour, il courut chez le prieur lui raconter en détail toute la vision et lui exposer la demande que le frère Pellégrino lui avait faite d'une messe de Requiem, ce jour-là même. Le prieur, vivement impressionné, permit à Nicolas de dire cette messe, non seulement ce dimanche, mais encore toute la semaine, et il chargea un autre Père de chanter la messe conventuelle.

Heureux de cette permission, Nicolas se rendit aussitôt à la sacristie, célébra le saint sacrifice avec une extraordinaire ferveur. De plus, il passa les jours, et même les nuits, à toutes sortes de bonnes œuvres avec la même intention ; macérations, jeûnes, disciplines, oraisons prolongées, il mit tout en œuvre pour délivrer cette âme.

Son historien assure que le démon le troubla dans ses exercices, mais ce fut en vain. Il persévéra toute la semaine. Alors, il revit le frère Pellégrino mais quel changement ! plus de flammes, plus de douleur, plus de tristesse ; son vêtement plus blanc que la neige, et la splendeur céleste dont il était couronné, annonçaient qu'il avait quitté l'exil. Une troupe d'âmes bienheureuses se joignirent à lui pour rendre grâces à leur libérateur. Saint Nicolas les vit ensuite passer devant lui et monter au ciel en chantant ces paroles du psalmiste : « Vous nous avez délivrés de nos persécuteurs, et vous avez confondu ceux qui nous haïssent. »