Les saints invoqués pendant la vie, protègent après la mort.

Qu'elle est efficace, la protection des saints, pour les âmes souffrantes qui les ont servis avec dévotion pendant la vie ! La bienheureuse Jeanne de la Croix, religieuse de l'ordre séraphique, et fidèle épouse de Jésus-Christ, nous en donne une preuve.

Un éminent prélat après avoir pendant quelque temps aimé et vénéré cette sainte religieuse, n'eut plus pour elle que de la répugnance et du mépris, depuis un jour, où par une inspiration divine, elle lui avait fait une admonition charitable. Cet ecclésiastique, oubliant les devoirs de sa profession, disait souvent des paroles répréhensibles, affectait une certaine fierté, et négligeait les âmes confiées à ses soins. Il mourut bientôt. A peine la pieuse vierge l'eut-elle appris, que, voulant rendre le bien pour le mal, elle s'appliqua à supplier la divine Miséricorde d'avoir pitié de cette âme si elle était en purgatoire.

Une nuit qu'elle priait avec plus de ferveur à cette intention, le prélat lui apparut tout en haillons, avec un visage difforme et repoussant. Sa bouche était bâillonné , il ne pouvait articuler aucune parole, et rugissait comme le taureau blessé. Ou voyait sur son front et sur sa tête certaines tâches, indices des péchés qu'il avait commis ; il était entouré des âmes que ses mauvais exemples avaient entraînées. Par surcroît, une foule de démons lui faisaient endurer les supplices les plus humiliants. La bienheureuse Jeanne, à un tel spectacle, fut toute consternée, avec d'autant plus de raisons qu'elle ignorait si c'étaient les peines de l'enfer ou celles du purgatoire. Elle s'adressa à son ange gardien qui était présent, mais il lui répondit : « Dieu vous le révélera en temps utile.»

Elle persévéra donc a prier et à conjurer la divine Miséricorde d'avoir pitié de cet infortuné pour lequel elle espérait encore. Elle rappelait les bonnes œuvres qu'il avait faites pendant sa vie, et surtout sa dévotion envers un saint dont l'histoire ne nous a pas conservé le nom : « Seigneur, disait Jeanne, vous savez combien il aimait et vénérait son saint patron, quels hommages il lui rendait, avec quelle ardeur il recourait à sa protection ; il avait fait peindre son image afin de l'avoir toujours sous les jeux. O mon Dieu, permettez que le saint lui obtienne sa délivrance ! »

Ainsi Jeanne priait avec toute sa ferveur depuis quelques jours, lorsqu'elle vit fout-a-coup apparaître devant la porte de sa cellule, l'image du saint dont nous avons parlé. Puis suivait l'âme du prélat, mais non plus dans le même état d'abjection et de souffrance. Après avoir salué' la servante de Dieu, il lui dit : « Je suis celui pour lequel vous avez tant prié, vos prières, et l'intercession du saint dont vous voyez ici l'image, ont obtenu que Dieu me traitât avec une grande miséricorde. Grâce à la bonté divine, cette image m'a protégé contre les assauts du démon, elle a adouci et abrégé mes tourments. J'espère que vous travaillerez encore à ma complète délivrance, ô servante du Seigneur, vous que j'ai affligée par mes imprudences et ma témérité.—Qu'il en soit ainsi, s'écria Jeanne, et que Dieu soit béni pour la consolation que me fait éprouver l'assurance de votre salut, moi qui fus si incertaine de votre sort lorsque je vous vis la.première fois au milieu de tant de supplices.— Ah ! répliqua le défunt, tout ce que vous avez vu ne peut pas vous donner une idée des tourments invisibles que j'endurais. Puis il demanda pardon à la sainte des injures qu'il lui avait faites, se recommanda à ses prières et disparut.

Jeanne continua à intercéder en sa faveur, elle le visita, le consola au purgatoire par l'intermédiaire de son ange, jusqu'au moment où elle sut par révélation, sa délivrance et son entrée au ciel.

La sainte abbesse raconta cette vision à ses religieuses, afin d'augmenter en elles la crainte du purgatoire, la dévotion aux saints, et le zèle pour les âmes souffrantes.