Supplications des âmes pour obtenir leur délivrance.

Il n'y a point de parole plus douce à l'oreille de Dieu que celle qui implore sa miséricorde : « Il criera vers moi et je l'exaucerai, » a dit le Seigneur. Aussi dans sa bonté, il a permis plusieurs fois aux âmes du purgatoire de nous faire entendre leurs plaintives supplications. Voici quelques exemples empruntés à l'histoire de la Compagnie de Jésus.

Il y avait au collège d'Ingolstadt, un religieux d'une grande vertu, nommé Jacques Rem ; sa compassion pour les âmes était admirable ; jour et nuit il s'appliquait à les soulager par de ferventes prières et une foule d'autres bonnes œuvres. Dieu rendait ses suffrages si efficaces, que les défunts lui faisaient de fréquentes visites ; ils s'approchaient de son lit pendant la nuit, murmuraient à son oreille ou l’appelaient à haute voix, le suppliant de se mettre en oraison, et le bon Père se rendait aussitôt à leur désir.

Un grand nombre de personnes de toute condition ont déposé avec serment qu'elles avaient entendu plusieurs fois dans le cimetière voisin du collège des cris sortant du fond des tombes et des plaintes semblables à celles-ci : O Père Jacques, ayez compassion de nous ! nos souffrances sont épouvantables ; ah ! par charité, veuillez nous secourir ! »

On peut conclure de là, quel prix les morts attachaient aux suffrages de ce grand serviteur de Dieu et de Marie. Il recevait de cette divine Mère des faveurs merveilleuses pour les âmes et pour lui-même. Parmi les apparitions dont il fui favorisé, nous citerons celle du P. François d'Asti. Cette âme interrogée par son bienfaiteur en quel état elle se trouvait, répondit : « Dans une joie ineffable. » Cette réponse combla le bon Père d'une telle consolation qu'il ne pouvait parler de ce fait sans se sentir le cœur rempli d'une joie toute céleste.

Le P. Joseph Anchieta, surnommé l'Apôtre du Brésil, avait pour les défunts un zèle non moins admirable et non moins efficace. Pendant qu'il était au collège de Bahia, il fut appelé en toute hâte pour administrer un malade qui habitait un village assez distant de la ville ; au retour, la nuit le surprit au milieu d'une forêt. Après avoir cheminé longtemps, il arriva près d'un lac, où il fut d'abord assourdi par le coassement des grenouilles innombrables qui peuplaient ces bords ; cependant, au milieu de ces confuses clameurs, il distingua par intervalles, des gémissements de voix humaines qui semblaient révéler d'horribles souffrances. Le compagnon d'Anchieta, saisi de frayeur, sentait un froid glacial parcourir tous ses membres ; mais lui, habitué à ces manifestations surnaturelles, le rassura, et le prenant par la main, il s'avança avec lui près du rivage ; là, se mettant à genoux et levant les yeux et les mains vers le ciel, il adora le souverain Maître de toutes choses, puis il dit à son compagnon : « Récitons cinq Pater et cinq Ave pour le soulagement des âmes qui font leur purgatoire en ce lieu et qui implorent notre secours.» Cette prière achevée, les gémissements cessèrent. Le compagnon du Père passa plusieurs fois dans cet endroit en prêtant une oreille attentive, mais nulle plainte ne se fit plus entendre. On demeura certain que, grâce aux ferventes prières du religieux, la divine Miséricorde avait délivré ces âmes souffrantes.

Si une simple prière d'Anchieta était si puissante auprès de Dieu, on doit juger de quelle efficacité étaient les messes qu'il offrait pour les défunts. Pendant l'octave de Noël, le jour de la fête de saint Jean l'évangéliste, le saint religieux revêtit les ornements noirs et dit une messe de Requiem au grand étonnement des fidèles, attendu que la couleur noire ne doit pas paraître a l'autel en ces solennités. Le Père Nobréga. supérieur de la maison, bien que persuadé qu'un religieux de tant de science et de sainteté avait quelque grave motif d'agir ainsi, ne laissa pas de le reprendre devant tous les religieux à cause de cette irrégularité extérieure qui avait pu mal édifier : « Père Joseph, lui dit-il, comment se peut-il faire qu'en une pareille fêle, vous ayez refusé au disciple bien-aimé les honneurs que lui rend aujourd'hui toute l’Église ; avez-vous donc oublié les prescriptions des rubriques à ce sujet ?» Le bon religieux, contraint par l'obéissance, répondit avec simplicité que Dieu lui avait fait connaître pendant la nuit qu'un de ses condisciples à l'université de Coïmbre, était passé de vie à trépas, et que pressé par un mouvement intérieur, il était monté tout de suite à l'autel pour la délivrance de cette âme : « Eh bien ! Répliqua le supérieur, savez-vous si ce sacrifice lui a été utile ? « Oui, mon Père, répondit modestement Anchiela. immédiatement après la commémoration 'des morts, cette âme a été délivrée de toutes ses peines et s'est envolée joyeuse vers la sainte patrie.»