Dans les ténèbres, resplendit quelquefois un rayon de la céleste lumière.

La divine Providence s'est complu parfois à nous montrer comment, dans le purgatoire, elle commence déjà à récompenser les bonnes actions, tout en punissant les mauvaises.

Sainte Madeleine de Pazzi vit un jour apparaître, toute resplendissante de lumière, une religieuse qui venait de passer à l'autre vie. Les mains seules n'étaient point lumineuses et paraissaient dans un état de souffrance. C'était en punition de quelques manquements à la sainte vertu de pauvreté dont elle avait fait vœu au Seigneur.

Une autre vierge lui apparut aussi. Elle était enveloppée d'un manteau de flammes ardentes ; mais sous ce vêtement douloureux, elle en portait un autre tout composé de lis. Le premier était une juste punition de sa trop grande recherche dans la parure ; le deuxième était une récompense de la pureté sans tache qu'elle avait toujours soigneusement conservée.

Dans la ville de Cologne, un prédicateur défunt, de l'Ordre de Saint-Dominique, apparut à l'un de ses confrères. Il était revêtu d'un manteau splendide, tout brillant de pierreries, et sa tête était ceinte d'une couronne d'or. Interrogé sur la signification de ces magnifiques ornements, il répondit que les précieux joyaux représentaient les âmes qu'il avait sauvées par ses prédications, et que la couronne d'or était la récompense de sa fidélité à ses saints engagements ainsi que de la pureté d'intention qui l'avait sans cesse animé. Mais en même temps, il lui annonça qu'il souffrait beaucoup, et que sa langue était le siège de sa douleur, en punition des railleries et des plaisanteries burlesques où il s'était laissé aller quelquefois par excès de gaîté.

Voici un autre fait rapporté par le P. François de Gonzague, évêque de Mantoue, dans son livre de l'origine de l'Ordre séraphique. Dans les îles Canaries, au couvent de la Conception, placé sous le vocable de Notre-Dame-de-la-Palme, il y avait un vénérable serviteur de Dieu, connu sous le nom de frère Jean de Via. Après une vie toute de sainteté, il était tombé dangereusement malade. Pour le servir, on lui donna un frère nommé Ascensio, novice dans l'Ordre, mais avancé en vertu ; aussi soigna-t-il son malade avec un admirable dévouement. Mais sa sollicitude ne put empêcher le progrès de la maladie. Jean de Via succomba, et sa mort, selon l'expression du prophète royal, fut précieuse devant Dieu.

Dès que le bon infirmier eut rendu au défunt les derniers devoirs, il se retira dans le silence et la retraite, et pendant plusieurs jours, il s'adonna à de ferventes prières pour la délivrance de cette âme. Un soir, pendant une oraison fervente, il vit apparaître un frère de son Ordre. Il rayonnait d'une lumière si étincelante que les yeux d'Ascensio en étaient éblouis, et la cellule tout illuminée. Deux fois l'apparition eut lieu sans qu'un seul mot fut échangé, car le bon novice ne s'était pas senti le courage de faire une seule demande, tant il avait été saisi de crainte et d'admiration. La même âme revint une troisième fois. Alors le bon frère lui dit : Qui êtes-vous ? Pourquoi venez-vous si souvent en ce lieu ? Je vous conjure au nom du Seigneur, de me répondre. Cette âme lui dit : « Je suis Jean de Via, qui vous ai tant d'obligation pour la tendre charité dont vous avez usé envers moi. Je viens vous apprendre que, grâce à la Miséricorde divine, je suis dans le lieu du salut parmi les âmes destinées à l'éternelle gloire, dont les splendeurs m'environnent déjà. Cependant je ne suis point digne de contempler Dieu face à face ; et cela, pour avoir négligé de réciter quelques offices de Requiem recommandés par la règle. Je vous supplie donc, au nom de votre charitable amitié, et plus encore au nom de votre amour pour Jésus-Christ, que sans délai, on récite ces offices à mon intention, afin que libéré de ma dette, je puisse entrer au ciel. Après ces paroles, cette âme bienheureuse étincela d'une lumière plus radieuse que les rayons du jour et disparut.

Frère Ascensio courut aussitôt raconter ses trois visions au Père gardien qui eut foi en sa parole. Sans délai il convoqua tous ses religieux et leur ordonna de réciter immédiatement les prières réclamées par le défunt. A peine avait-on terminé, que Jean de Via se montra de nouveau au pieux novice. La lumière dont resplendissait cette âme bienheureuse n'avait rien de comparable, c'était celles des régions éternelles. Elle fit la promesse à frère Ascensio, qu'en souvenir de ses bienfaits, elle serait son avocate et sa protectrice ; puis lui montrant deux saints dont elle était accompagnée, elle lui dit : « L'un est notre séraphique fondateur saint François, et l'autre, saint Bernardin de Sienne. Tous deux, en récompense de ma fidélité à leur Institut, sont venus à ma rencontre pour m'introduire eux-mêmes dans le royaume des célestes félicités.