La sainte communion appliquée aux âmes souffrantes

Nous n'entrerons point dans des discussions théologiques pour démontrer comment les vivants peuvent secourir les morts par le moyen de la sainte communion ; on peut consulter les docteurs qui ont traité ce sujet. Il nous suffit de rappeler que la sainte communion est l'acte le plus saint de la vie, que dans ce moment suprême où notre cœur possède la source de la grâce, le foyer des ardeurs divines, nous pouvons obtenir des faveurs sans nombre pour les vivants, comme pour les morts ; en outre, les dispositions qui précèdent la réception de ce divin sacrement ainsi que celles qui suivent, peuvent s'appliquer aux âmes du purgatoire et leur être d'un grand secours ; et puis de grandes indulgences sont souvent attachées à la communion dans une circonstance déterminée, et chacun sait combien les indulgences sont profitable aux défunts. C'est d'après ces diverses considérations, que plusieurs interprètes appliquent à la communion pour les défunts, le conseil de Tobie : « Mettez votre pain sur le tombeau du juste. »

Le vénérable Louis de Blois, dont la science égalait la sagesse, rapporte qu'un de ses amis, dévot serviteur de Dieu, fut visité par une âme du purgatoire. Elle était privée de la vision de Dieu et gisait dans des flammes dévorantes pour être venue s'asseoir à la table eucharistique avec un cœur tiède et peu préparé : « Je vous supplie, dit-elle, ami bien-aimé, au nom de la sainte affection qui lia nos deux cœurs, qu'il vous complaise de communier une fois pour moi avec une grande préparation et une grande ferveur ; de cette action j'attends la délivrance des ardeurs que j'endure en punition de ma tiédeur et de mon indévotion envers la sainte Eucharistie. Ce fervent chrétien se rendit promptement au désir de cette âme ; il se prépara à la sainte communion avec la ferveur d'un ange, et pendant qu'il possédait dans son cœur ce Dieu de miséricorde infinie, il le supplia d'ouvrir à cette âme amie les portes du céleste royaume. Après l’action de grâces, l'âme du défunt lui apparut de nouveau, mais pour le remercier. Revêtue de la lumière immortelle, elle s'envola joyeuse aux régions du ciel, pour y contempler à jamais l'ineffable Trinité. A l'enseignement que nous offre cet exemple, ajoutons l'exhortation de saint Bonaventure : « Que la charité vous porte à communier, car il n'y a rien de plus efficace pour le repos éternel des défunts. »

Il arriva quelque chose de plus admirable encore à la bienheureuse Jeanne de la Croix, religieuse de l'ordre de Saint François.

Un jour, que la sainte était ravie en Dieu, une religieuse entra dans sa cellule pour y prendre je ne sais quel objet ; et pendant qu'elle remuait un meuble. Jeanne sortit de son extase : «Retirez-vous, dit-elle, en se précipitant vers sa compagne, faites bien attention de ne pas toucher à l'objet qui est là sur ce linge blanc, car c'est la divine Hostie apportée ici par les anges.— Comment cela peut il être ? » demanda la religieuse étonnée. Alors Jeanne lui raconta sous le sceau du secret, qu'un impie qui avait toujours vécu dans la disgrâce de Dieu, était mort ayant encore dans la bouche le saint viatique qu'il avait reçu indignement. Les anges, ajouta-t-elle, pleins de respect pour le Roi de gloire, ne purent souffrir qu'une si grande majesté restât dans ce cadavre, dont l'âme était déjà ensevelie au fond des enfers. Ils tirèrent donc le pain de vie de cette bouche impure et me l'apportèrent ; de plus, ils m'ont ordonné de communier la matinée suivante, en faveur d'une âme du purgatoire qui fut pendant sa vie une fervente adoratrice du divin Sacrement. Ce sont ces mêmes anges qui m'ont tirée de mon extase, pour que je vous avertisse de ne pas toucher a un objet aussi saint. Ayant ainsi parlé, pour obéir aux esprits célestes, après s'être bien disposée par des actes d'amour, elle se mit à genoux, et reçut avec la plus grande piété, de la main même de l'ange, le pain de la vie éternelle. Puis il lui fut révélé que l'âme pour laquelle elle venait de communier, montait au ciel recevoir la récompense de son amour envers le divin Sacrement.