Sainte usure de ceux qui appliquent leurs bonnes œuvres au soulagement des défunts.

Je veux seulement rappeler ici combien de mérites, de prières, et de grâces peut acquérir celui qui offre ses bonnes œuvres pour racheter les âmes du purgatoire et les envoyer au ciel. On peut dire qu'il travaille à peupler le paradis ; qu'il s'y prépare des avocats, de puissants intercesseurs qui, en reconnaissance du bien qu'ils ont reçu, lui obtiendront du bonheur ici-bas, et les félicités de l'éternelle vie.

Les anges gardiens de ces âmes se trouvent obligés de le favoriser, parce qu'il ouvre vite les portes du ciel à leurs protégées ; les bienheureux le regardent avec des yeux pleins d'affection, parce qu'il a augmenté leur nombre.

Et la Mère de Dieu, avec quelle tendresse elle l'abrite sous son manteau pour avoir travaillé à la glorification de ces âmes qui ont coûté tout le sang de son divin Fils. Jésus-Christ lui-même, quelles bénédictions, quelles récompenses ne versera-t-il pas sur celui qui aura coopéré à son œuvre de Rédempteur ! Si vous voulez le comprendre, lisez :

Denis-le-Chartreux raconte dans un de ses ouvrages qu'une très-pieuse vierge nommée Gertrude, faisait donation chaque matin aux âmes du purgatoire, du bénéfice spirituel qu'elle devait retirer de toutes ses bonnes œuvres de la journée. Bien plus, afin d'en mieux faire l'application selon le bon plaisir de Dieu, elle suppliait le Seigneur de lui faire connaître les âmes les plus souffrantes, les plus délaissées, et le Sauveur les lui révélait ordinairement. Alors elle redoublait pour elles, d'oraisons, de jeûnes, de veilles, de mortifications, et ne cessait point qu'elle ne crût les avoir toutes délivrées. Souvent, ces âmes glorieuses lui apparaissaient pour la remercier et lui promettre leur reconnaissante protection.

Gertrude, arrivée à la vieillesse, encore plus chargée de mérites que d'années, et couchée sur son lit de mort, fut assaillie de tentations. Le démon voyait avec rage qu'une pauvre fille avait délivré une multitude d'âmes dont les souffrances le réjouissaient : aussi, cet esprit de mensonge lui représentait les horribles et longs supplices que la Justice divine lui réservait dans l'autre monde, en expiation même de ses moindres fautes, attendu qu'elle avait prodigué inconsidérément aux âmes du purgatoire, la satisfaction de toutes les bonnes œuvres de sa vie.

Sainte Gertrude commença donc à gémir : « Oh ! que je suis malheureuse ! disait-elle, dans peu d'instants je dois mourir et rendre un compte exact de toute ma vie. Comment pourrai-je échapper aux graves supplices, dus à mes fautes, alors que j'ai appliqué aux défunts toutes mes bonnes œuvres ? Oh ! quels tourments longs et affreux m’attendent ! et je n'ai plus rien à offrir à Dieu pour apaiser sa justice ! »

Pendant qu'elle était en proie à cette angoisse, elle vit paraître devant elle, Jésus son époux céleste, qui lui dit : « Quel est donc, ô Gertrude, le sujet de ta profonde tristesse ? Elle répondit : « Seigneur, je m'afflige parce que je vais mourir, sans aucun capital de bonnes œuvres pour acquitter ma dette, car je me suis dépouillée en faveur des âmes souffrantes. » Alors le Sauveur lui souriant avec amour, la consola : « Ma fille Gertrude, lui dit-il, afin que tu saches combien m'a été agréable ta grande charité envers ces âmes, je te remets en ce moment même, sans exception, toutes les peines que tu aurais pu avoir à souffrir ; de plus, moi qui ai promis cent pour un à ceux qui auront accompli la loi de la charité, je veux te récompenser en augmentant ta gloire dans l'éternelle béatitude ; je veux encore que toutes les âmes délivrées par tes prières, viennent à ta rencontre et t'accompagnent avec de joyeuses actions de grâces, jusqu'au pied de mon trône.

Qui pourrait dépeindre la joie de la sainte, en entendant de la bouche même du souverain Juge, de si magnifiques promesses ! Je vous laisse à penser avec quelle ferveur cette charitable vierge offrit à Dieu jusqu'à son dernier soupir, tous les actes de sa vie mourante, en faveur des pauvres âmes.