Protection signalée des âmes du purgatoire et conversion de deux pécheurs.

Il n'est pas facile de décider dans l'événement suivant, si les âmes du purgatoire sont plus admirables dans le soin qu'elles prennent de leurs bienfaiteurs, que dans le zèle qu'elles déploient pour la conversion de deux larrons. Ici, elles protègent une vie temporelle ; là, elles procurent la vie éternelle à deux misérables pécheurs.

Il paraîtrait toutefois que cette dernière action procura à Dieu une grande gloire, puisqu'il s'est plu à la bénir par des grâces extraordinaires.

Le Père Louis Monaci, religieux des Clercs-Mineurs, très-dévot aux âmes du purgatoire, voyageait un jour sans autre compagnie que son ange gardien. Étant arrivé dans un lieu très-solitaire, à l'heure où le soleil est sur son déclin, il éprouva quelque inquiétude et pressa le pas afin d'arriver avant la nuit dans une hôtellerie. Au milieu de sa course précipitée, le bon Père ne voulut point omettre une pieuse pratique, celle de mettre à profit le temps du voyage en le consacrant à la prière, et il se mit à réciter le chapelet en faveur des défunts, afin qu'en retour, ils le gardassent de tout péril.

Il ne tarda pas à éprouver les heureux effets de sa dévotion envers les morts. Monaci n'avait que peu de chemin à faire pour être arrivé aux premières maisons, lorsqu'il fut aperçu par deux hommes de ceux qui se séparent de la vie sociale pour vivre au sein des bois, du fruit de leurs rapines et de leurs homicides. Fondre sur le pauvre voyageur, le lier, le dépouiller et même le tuer, s'il faisait la moindre résistance, fut la résolution instantanée de ces scélérats. Ils étaient déjà en embuscade, encore quelques secondes et le Père était perdu. Mais voici que soudain une trompette retentit, et les malfaiteurs aperçoivent un officier en compagnie du religieux avec une escorte de soldats armés. A cette vue, les brigands prirent la fuite au plus vite, dans la crainte qu'au lieu de faire une proie, ils ne fussent pris eux-mêmes.

Le Père arrive sans obstacle à l'hôtellerie et se dispose à y passer la nuit, ne se doutant pas le moins du monde de la scène étrange qui venait de se passer. Au bout de quelques instants, les voleurs y entrèrent aussi, non toutefois, sans s'être bien informés et bien assurés qu'il n'y avait point d'officiers de justice. Trouvant le Père tout seul, ils s'avisèrent de lui demander qui il était, et s'il savait la direction qu'avait prise l'officier et les soldats qui l'avaient escorté. Le Père, étonné d'une telle demande, répondit qu'il était venu tout seul. Les brigands, à leur tour, bien plus étonnés encore, lui posent questions sur questions, et lorsque le Père leur eut parlé de sa dévotion envers les âmes du purgatoire, ainsi que de sa confiance en elles dans les périls, ils reconnurent que l'événement qui venait de se passer était un miracle du ciel, et se confiant dans la miséricordieuse charité du Père, ils lui firent l'aveu de tout ce qui était arrivé. Le Dieu de bonté infinie voulut qu'un second miracle vint couronner le premier. Les larrons touchés tout-à-coup d'un profond repentir, résolurent de changer de vie à l'instant, et prièrent le religieux d'entendre leur confession dans l'hôtellerie même. Là, retirés dans la chambre du bon Père, à genoux à ses pieds, ils lui confessent toute leur vie criminelle avec une vive contrition. Dès ce jour, ils devinrent des hommes nouveaux tout appliqués à la pénitence et pleins de zèle pour la délivrance des âmes toujours si promptes à secourir dans les périls, et si pleines de charité envers les pauvres pécheurs.

L'historien tire de cet événement de sages réflexions. Sur cette route de la vie que l'homme voyageur traverse pour arriver à la céleste patrie ; les esprits infernaux, comme dit saint Grégoire, s'y tiennent en embuscade comme des brigands afin de nous dépouiller et de nous faire périr. Nous devons donc nous assurer la protection des âmes contre les périls qui nous attendent.