Dieu exauce les prières des communautés ferventes en faveur des défunts.

Saint Jean Chrysostôme, s'appuyant sur les promesses que Jésus-Christ a faites, d'écouter et d'exaucer les prières de ceux qui sont réunis en son nom, démontre combien sont profitables les prières des communautés ferventes : « Dieu, dit-il, atteste souvent dans les saintes Écritures qu'il a les oreilles attentives aux prières de ceux qui s'assemblent en son nom. » On vit une preuve admirable de cette vérité dans une chartreuse d'Angleterre.

Un personnage éminent en dignité et possesseur de grandes richesses, était mort dans ce pays, laissant un fils profondément affligé. Plein de zèle pour le salut de celui qu'il pleurait, ce bon fils se rendit à la chartreuse où avaient été célébrées les funérailles ; il offrit au prieur une forte somme d'argent, à titre d'aumône, en le suppliant de faire prier pour l'âme de son père bien-aimé. Aussitôt l'abbé convoque au chœur tous les religieux : « Serviteurs de Dieu, leur dit-il, priez pour l’âme du défunt enterré ici depuis peu, priez en reconnaissance de la grande charité qu'a exercée envers nous ce noble jeune homme.» Les religieux alors, chantèrent d'une seule voix le Requiescat in pace, auquel le supérieur répondit Amen ; puis chacun fit une inclination et se retira en silence dans sa cellule. Le bienfaiteur resta tout étonné et peu satisfait : « Hélas ! disait-il en lui-même, un seul Requiescat pour tant d'or.» Il ose enfin s'approcher du prieur avec une humble modestie et lui dit d'un ton de naïve plainte : « Est-ce là, mon Père, tout le suffrage que recueillera cette chère âme pour ma généreuse offrande ? » Le supérieur, étonné de cette question, répond avec douceur : « Prétendriez-vous, mon fils, peser dans la même balance, l'or de votre aumône avec les prières de mes religieux, quelque brèves qu'elles soient ? — Non, mon révérend Père, répliqua le jeune homme, je ne veux point établir de comparaison, cependant, il me semble que ces trois simples paroles ne peuvent pas compenser le don que je vous ai offert.— Vous en doutez, répondit le prieur, attendez un moment, vous allez connaître le prix de nos prières.» Puis, se tournant vers le Père cellérier : «Allez, lui dit-il, dans toutes les cellules, dites à chaque religieux d'écrire sur un morceau de papier son Requiescat in pace et de me l'apporter immédiatement.» Il ordonna aussi à un frère convers de lui donner des balances ; il y mit d'un côté l'argent et l'or qui firent baisser rapidement le plateau. Ensuite il se fit remettre les légers billets, et ayant invoqué intérieurement l'Esprit-Saint, il dit au jeune seigneur : « Considérez de quelle valeur est notre courte prière du Requiescat in pace, que je place de l'autre côté de la balance. » O merveille ! s'écrie ici l'historien, tout cet or, quoique très-pesant, s'élève comme une plume ou un brin de paille, tandis que les petits papiers entraînent le plateau et tombent lourds et rapides comme une masse de plomb.

A la vue de ce prodige, tous les assistants firent le signe de la croix, tant ils étaient frappés de stupeur. La nouvelle de ce miracle se répandit au loin et fit apprécier les prières des communautés ferventes. Le jeune homme plus que les autres était dans l'admiration, et les yeux pleins de larmes, le repentir dans le cœur, il demande pardon de son peu de foi. Pour perpétuer la mémoire de ee prodige, il fit placer sur la tombe de son père une magnifique pierre sépulcrale, où était gravé en gros caractères le Requiescat in pace. Et ce bon fils demeura convaincu que ces simples et courtes paroles avaient mérité à l’âme de son père un grand soulagement, ou même une entière délivrance.