Combien il est important de ne pas négliger la réception des sacrements.

Ce n'est pas le lieu d'exposer ici comment les sacrements sont les sources perpétuelles de la grâce, de la vertu, de la justice et des mérites, non plus, que de démontrer combien sont coupables d'ingratitude et de négligence, ceux qui se contentent de désirer les vrais biens, sans se mettre en peine de puiser à leur source ; ce n'est pas le lieu non plus de discourir sur l'opiniâtreté de ces malades en danger de mort, qui repoussent les remèdes salutaires qu'on leur présente. Nous nous contenterons seulement d'exposer des faits ; ils nous démontreront combien cette ingratitude, cette négligence et cette opiniâtreté sont punies après la mort.

L'an 1529 au monastère de Sainte-Marie-des-Anges à Florence, mourut une religieuse en odeur de vertu. Bientôt elle apparut à sainte Madeleine de Pazzi, pour implorer ses suffrages. La sainte était en oraison devant le Très-Saint-Sacrement, lorsqu'elle aperçut la défunte agenouillée, au milieu de l'église, dans une adoration profonde, mais sous un aspect effrayant. Un manteau de flammes ardentes l'enveloppait entièrement à l'exception de la poitrine que préservait une sorte d'écharpe blanche, passée autour du cou. Sainte Madeleine étonnée, de voir une de ses sœurs dans un état si douloureux, désira en connaître la cause ; il lui fut répondu, que cette âme souffrait dans le purgatoire, en punition de son peu d'amour envers la sainte Eucharistie, ayant plusieurs fois, par négligence, laissé la sainte communion, contrairement aux prescriptions de son Institut. Aussi pour cette faute, la divine Justice, l'avait-elle condamnée à venir tous les jours, dans l'église du monastère pour y adorer le Saint des saints ; ces flammes brûlantes étaient une expiation de la froideur et de la négligence, qu'elle avait apportées à la sainte Table. Madeleine connut aussi, que celle âme rendait de grandes actions de grâces au Seigneur, de lui avoir donné cette écharpe préservatrice, c'était une récompense de la pureté virginale, qu'elle avait toujours soigneusement gardée.

Cette révélation porta la sainte à offrir pour cette âme, de nombreux suffrages. Quelque temps après, elle la revit, mais glorieuse, ses flammes ardentes s'étaient changées en ineffables splendeurs. Elle s'élevait vers les cieux, pour se réunir à jamais, aux vierges du Christ.

Sainte Madeleine de Pazzi rappelait souvent cette intéressante histoire à ses filles spirituelles, afin de les exciter à une grande ardeur pour la sainte Communion.

Un châtiment plus sévère fut infligé à un vertueux chrétien, dont on ne dit pas le nom. Appelé à remplir, dans le monde, une mission très-importante, il s'en était acquitté avec conscience. Une maladie mortelle vint arrêter cet homme au milieu de sa course. Son confesseur et ses amis l'avertirent du danger où il se trouvait, et l'exhortèrent à recevoir l'Extrême-Onction, afin que muni de la force divine, il fut en état de résister aux assauts du démon. Mais épouvanté à l'idée d'une mort prochaine, le malade fit des résistances : « De grâce, disait-il, ne me parlez pas de recevoir déjà l'Extrême-Onction ; car je sais bien, que tous ceux qu'on administre, ne tardent pas à mourir.

Ce moribond ne parlait pas ainsi par mépris des secours religieux, car il était bon catholique, et vénérait tous les rits de la sainte Église ; mais cédant à un absurde préjugé, il s'imaginait que tous ceux qui reçoivent l'Extrême-Onction, sont marqués par la mort. Superstition étrange et fort déplorable dans un chrétien, qui devrait être bien persuadé que ce sacrement non-seulement ne fait pas mourir, mais rend même quelquefois la santé quand, il y a utilité pour le salut, comme l'enseigne le saint concile de Trente.

La mort surprit le malade au milieu de ses délais. Pendant la cérémonie de ses funérailles. Dieu permit, qu'en présence des prêtres et des fidèles assemblés, le mort ouvrit les yeux et fit entendre ces paroles : « Parce que j’ai différé de recevoir l'Extrême-Onction. malgré les exhortations d'amis sincères, et pour m'être volontairement privé de cette grâce de purification, la divine Justice m'a condamné à cent ans de purgatoire, à moins que les prières et les suffrages des fidèles ne me viennent en aide. Si je m'étais disposé, comme je le devais, à recevoir les sacrements des mourants, je serais aujourd'hui plein de vie et de santé, selon la vertu que communique souvent cette suprême onction. » Après ces paroles, ses yeux se refermèrent, sa tête s'affaissa ; déjà il était rentré dans le silence et l'immobilité de la mort.