Charité des anges envers les âmes du purgatoire.

C'est une opinion assez commune parmi les saints docteurs, que Dieu envoie de temps en temps ses anges aux âmes du purgatoire afin de les consoler. S’il appartient au souverain Juge d'affliger ces âmes par le moyen des démons qui sont les exécuteurs de sa justice, il appartient aussi à son infinie Miséricorde de les soulager par la présence des esprits célestes. Les révélations de sainte Brigitte sont remplies de traits de ce genre ; les annales sacrées en renferment aussi un grand nombre. Je n'en citerai qu'un seul.

La vénérable sœur Paule de Sainte-Thérèse de l'ordre des Dominicaines du monastère de Sainte-Catherine à Naples, était animée d'une tendre charité envers les âmes souffrantes. Elle en fut récompensée dès ici-bas par d'admirables visions.

Un jour qu'elle était en prières pour les défunts, elle fut conduite en esprit dans le purgatoire. Là, elle vit une foule d'âmes dans un étang de feu ; au bord de ce brûlant rivage, elle aperçut le Sauveur escorté de ses anges. Ce divin Roi touchait avec une verge d'or les âmes qu'il désignait pour le ciel. A cette vue, la servante de Dieu demanda à son céleste époux pourquoi, parmi cette multitude, il avait spécialement choisi celles-là ; le Seigneur lui répondit : « J'ai délivré celles qui, pendant leur vie, ont accompli de grands actes de charité et de miséricorde ; elles ont mérité que je fusse miséricordieux envers elles, selon ma promesse : « Les miséricordieux obtiendront miséricorde.»

Sainte Paule avait coutume le samedi de s'adresser plus spécialement à la sainte Vierge, en faveur des âmes souffrantes. Un des jours dédiés à Marie, elle fut ravie en esprit, et il lui fut donné de contempler encore le lieu de l'expiation ; mais quel contraste ! En un instant, elle vit se changer ces prisons souterraines en une sorte de paradis : les ténèbres avaient fait place aux splendeurs célestes, et la joie avait remplacé la tristesse et les pleurs. Elle se demandait la cause de ce changement, lorsqu'elle aperçut Marie environnée d'une multitude d'anges. Cette aimable Reine avait daigné descendre en ce lieu pour délivrer plusieurs âmes qui avaient eu pour elle une dévotion particulière. Les anges, fidèles exécuteurs de ses volontés, amenèrent ces bienheureuses dans la céleste Jérusalem.

Paule éprouva une ineffable consolation en voyant ces âmes sortir de leur exil, et monter radieuses vers le ciel ; mais ensuite, elle éprouva une grande tristesse, en entendant les gémissements des âmes qui restaient dans le purgatoire, la sainte distinguait parfaitement celles qui souffraient plus que les autres ; elle en cherchait la cause, et son ange gardien lui dit que le châtiment était proportionné aux fautes. L'âme qui a péché par orgueil, par ambition, est condamnée à l'opprobre ; celle qui a satisfait ses sens par des plaisirs criminels, est consumée par les flammes, conformément à cet arrêt du Juge éternel dont il est parlé dans l'Apocalypse : Multipliez ses tourments et ses douleurs, à proportion de ce qu'elle s'est élevée dans son orgueil, et de ce qu'elle s'est plongée dans les délices, (Apoc. 18,7). Non seulement, Paule vit les anges descendre au purgatoire et consoler les âmes, mais elle les entendait encore élever en leur faveur, une voix suppliante.

Dans ce fervent monastère de sainte Catherine, on avait la pieuse coutume de réciter chaque soir avant le coucher, les vêpres des morts ; il semblait aux bonnes sœurs, plus convenable de prier pour le repos des âmes à l'heure où elles allaient se livrer au sommeil. Un soir, cependant, je ne sais par quel surcroît d'occupations, on omit cette pieuse pratique. Mais le Dieu de miséricorde, compatissant à la fatigue de ses épouses et au besoin des âmes, envoya dans le dortoir un chœur d'anges pour psalmodier à la place des religieuses, déjà plongées dans le sommeil.

Sainte Paule qui était cette nuit même, en oraison dans sa cellule, entendit la suave et plaintive psalmodie. Ces chants si harmonieux, à une heure où le silence règne dans tout le monastère, étonne de plus en plus la sainte Dominicaine ; elle ouvre la porte du dortoir et aperçoit autant d'anges qu'il y avait de religieuses. La sainte bénit Dieu avec une indicible joie de ce qu'il avait daigné agréer leur pieuse pratique, au point d'envoyer ses anges pour la remplir, le jour même qu'on l'avait omise sans le vouloir. On a fait sur ce miracle, des vers latins dont voici le sens :

« Pendant que les vierges fatiguées s'abandonnent au repos, les anges réunis à leur place, chantent les prières des morts. Ce sommeil est peut-être le fruit de la supplication des âmes elles-mêmes, heureuses d'avoir un chœur d'esprits célestes pour intercesseurs »