La prière offerte pour les parents défunts est très agréable à Dieu.

Pour nous exciter à la compassion envers les âmes souffrantes et nous porter à offrir en leur faveur de nombreux suffrages, il suffirait de savoir qu'elles sont de la même nature que nous ; qu'elles ont vécu sous la même loi ; que Dieu les a créées à son image et qu'à cette considération, si nous aimons Dieu, nous devons les aimer aussi ; enfin qu'elles furent comme nous régénérées au baptême et rachetées par les souffrances et la mort de Jésus-Christ ; ce qui les rend véritablement nos sœurs, et doit nous les faire chérir comme telles. Or, si le titre seul de chrétien doit réveiller en nous les sentiments de l'affection et de la charité, que ne devra-t-il pas résulter de cette union sainte qui existe entre les membres d'une même famille ? Ici, la loi de la charité devient plus rigoureuse, et lorsque nous avons quelques raisons de penser que quelques uns des nôtres souffrent dans le purgatoire, nous devons mettre tout en œuvre pour les secourir.

Le Père Jean Baptiste Manni, dans son Trigesimo sacro, rapporte plusieurs exemples de gratitude et de charité envers les parents ; nous en citerons deux seulement.

Sainte Élisabeth, fille d'André, roi de Hongrie et de la reine Gertrude son épouse, était animée d'une tendre compassion pour les défunts. Lorsque parmi ses nombreux vassaux, il en mourait dans l'indigence, elle préparait de ses mains les suaires pour les ensevelir, pourvoyait à leurs funérailles, et les accompagnait à leur dernière demeure, offrant en même temps de ferventes prières pour leurs âmes. Si pour de simples sujets elle déployait tant de charité, on peut présumer facilement de quelle ardeur elle était animée lorsqu'il s'agissait de ses proches. Lorsque Gertrude, sa mère, vint à mourir, Élisabeth s'empressa de secourir son âme par de nombreux suffrages d'austérités, d'aumônes et de prières. Une nuit, après de longues oraisons, la sainte princesse s'était retirée pour prendre un peu de repos ; comme elle allait se livrer au sommeil, la reine défunte lui apparut vêtue de deuil, et ses traits portaient l'empreinte d'une profonde tristesse ; s'étant mise à genoux elle lui dit : «Ma fille, vous avez à vos pieds votre mère affligée qui vous supplie de multiplier vos suffrages. Oh ! délivrez-moi des tourments épouvantables que j'endure en expiation de mes négligences dans le service de Dieu et dans le gouvernement de mes sujets. De grâce, par les douleurs que je souffris en vous donnant le jour, et par les fatigues que je supportai pour vous élever, ma fille, redoublez vos prières à la divine Miséricorde, afin que je voie bientôt finir mes intolérables tortures. A ces paroles si attendrissantes, sainte Élisabeth, émue au plus profond du cœur, se jette à genoux et conjure le divin Sauveur, en versant un torrent de larmes, de faire grâce à sa pauvre mère. Enfin, accablée par sa longue veille, ses macérations et sa tristesse, elle se jeta une seconde fois sur son lit ; et voici que sa mère lui apparut encore, mais revêtue de blanc et rayonnante d'une joie immortelle. Elle rendit à sa chère fille mille actions de grâces, car ces derniers suffrages l'avaient délivrée, et elle montait au séjour des éternelles félicités.

Sainte Élisabeth de Portugal nous offre un exemple non moins édifiant de charité envers la reine Constance sa fille. Cette jeune reine de Castille venait d'être enlevée de ce monde par une mort imprévue. Dans ce moment même, la reine Élisabeth se rendait avec le roi son époux dans la ville de Santarem. Soudain, on vit un ermite courir après le cortège royal, en criant qu'il avait un mot à dire à la Reine. Les gardes le repoussèrent, mais la sainte voyant son insistance, ordonna qu'on le laissât s'approcher. L'ermite lui raconta que la reine Constance lui était apparue en songe plusieurs fois, et l'avait conjuré d'apprendre à sa mère qu'elle était dans le purgatoire et de la prier de sa part de faire célébrer pour elle le saint sacrifice pendant un an. Cette mission remplie, l'ermite se retira et ne parut plus. Les courtisans rirent beaucoup de ce message traitant l'ermite de visionnaire : mais Élisabeth qui ne partageait point leur opinion, demanda au roi ce qu'il pensait de cette aventure. Le monarque répondit : qu'on devait agir selon la révélation de l'ermite ; et sans délai, la célébration des messes fut confiée à un saint prêtre nommé Ferdinand Mendez.

Au bout d'un an, Constance apparut à sa sainte mère ; elle était vêtue de blanc et environnée d'une céleste lumière : « Maintenant, ô ma mère, lui dit-elle, je suis délivrée par la divine Clémence des tourments du purgatoire, et je m'envole vers les demeures éternelles. »

Cette gracieuse apparition remplit le cœur d’Élisabeth de la plus douce joie. Dans ce moment, elle ne se souvenait plus des trois cent soixante-cinq messes qu'elle avait fait dire, et elle se rendit aussitôt à l'église pour offrir par les mains du prêtre la sainte Victime en action de grâces. Elle y trouva le prêtre Mendez qui lui apprit que toutes ses intentions étaient remplies, et il lui demanda s'il fallait célébrer d'autres messes pour la reine défunte. Sainte Élisabeth se souvint alors des paroles de l'ermite, ce qui lui donna une nouvelle assurance de la vérité de sa vision, et pénétrée de la plus vive reconnaissance envers la Bonté infinie, elle fit célébrer une messe très-solennelle en actions de grâces et distribua à un grand nombre de pauvres une somme considérable.

Nous laissons au lecteur le soin de décider quelle fut la plus grande charité des deux reines ; nous ajouterons seulement une pensée d'un poète d'Italie dont voici le sens : «O prodige de piété ! Une auguste fille devient mère de sa mère, lui donnant dans le ciel une vie immortelle. Et merveille non moins admirable, il y eut une fille royale à qui il fut donné d'avoir eu deux vies d'une même mère. »